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Les laboratoires de recherche se mobilisent pour le climat

Posté le par Matthieu Combe dans Innovations sectorielles

Le collectif Labos 1point5 lance un nouvel outil de bilan de gaz à effet de serre développé par et pour les scientifiques, spécifiquement pour les laboratoires de recherche. Il invite la communauté scientifique française à s’engager dans une démarche systémique de diminution des émissions. Lumière.

Valérie Masson-Delmotte est directrice de recherche au CEA et co-présidente du groupe nᵒ1 du GIEC. « Si l’on veut contenir le réchauffement climatique largement en dessous de 2°C, il s’agit que les émissions mondiales de CO2 diminuent […] d’un quart entre 2010 et 2030 et d’atteindre la neutralité carbone planétaire à l’horizon 2070. Pour contenir le réchauffement à un niveau encore plus bas, de l’ordre d’1,5°C, c’est une division par 2 d’ici 2030 des émissions mondiales de CO2 et la neutralité planétaire à l’horizon 2050 ». La chercheuse rappelle que les émissions françaises diminuent trop lentement. Selon le Haut Conseil pour le climat, les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent que de 1 % chaque année. « Il y a urgence à accélérer », estime-t-elle.

Dans ces conditions, la communauté scientifique veut jouer sa part. Le collectif Labos 1point5 a donc développé un nouvel outil standardisé de bilan de gaz à effet de serre à destination des laboratoires de recherche : GES 1Point5. « C’est une première étape, insiste Valérie Masson-Delmotte. L’étape suivante est d’avoir des discussions collégiales pour construire ensemble un plan d’actions de sorte que la communauté scientifique participe à l’effort collectif pour des trajectoires de baisse d’émissions de gaz à effet de serre. »

GES 1point5 : un diagnostic pour les laboratoires

Il existe plusieurs initiatives institutionnelles, ponctuelles ou collectives pour changer les pratiques du monde de la recherche à l’international. La spécificité de Labos 1point5 est que le collectif compte près de 2 000 abonnés dans 100 laboratoires de recherche, issus d’un large spectre de disciplines.

Odile Blanchard est membre de l’équipe de coordination de l’outil GES 1Point5 et maîtresse de conférences à l’Université Grenoble Alpes. « Les objectifs de cet outil sont avant tout d’estimer l’empreinte carbone des laboratoires pour mieux connaître les niveaux d’émissions de ces laboratoires et passer à l’action et pour sensibiliser et impliquer les personnels, explique-t-elle. Le monde de la recherche peut jouer le rôle de moteur et d’exemplarité pour d’autres secteurs. » 

« C’est un outil en ligne, gratuit, open-source et facile à prendre en main », assure Odile Blanchard. L’outil propose une méthodologie standardisée pour les laboratoires par rapport à la réglementation française. Et il porte sur les postes d’émissions les plus significatifs en termes de volume d’émissions. La première version prend ainsi en compte les consommations des bâtiments – électricité, chauffage, réfrigération et climatisation – ainsi que les déplacements du personnel en mission et pour les trajets domicile-travail. Les émissions générées par les déplacements professionnels permettent notamment de faire la différence entre l’avion, le train et la voiture.

Un outil de diagnostic, pour l’action et la recherche

Cet outil constitue une démarche volontaire qui nécessite la mobilisation de la direction et des personnels de laboratoire. Toute personne habilitée par le directeur d’unité pourra remplir les données. Au-delà du diagnostic, chaque laboratoire pourra identifier et suivre les actions de réduction mises en place. Sur ce point, une autre équipe de Labos 1point5 réfléchit aux options à déployer pour réduire l’empreinte carbone. Entre autres pistes, se trouvent sur la table la mise en place d’une taxe carbone interne pour tous les déplacements en avion, des quotas d’émission par personne à ne pas dépasser sur l’année ou encore des jeux sérieux pour essayer de réduire les déplacements en avion.

Mais ce n’est pas tout. « C’est un outil pour faire de la recherche sur la recherche », prévient Odile Blanchard. En effet, l’empreinte carbone de la recherche est un champ de recherche émergent. Le déploiement de cet outil permettra de mener des analyses statistiques sur les empreintes carbone des laboratoires et leur distribution. « On espère mettre en place une méthodologie pour estimer l’empreinte carbone de la recherche publique française dans son ensemble, ajoute-t-elle. On voudrait ensuite réfléchir à des scénarios d’évolution de cette empreinte en fonction de diverses politiques publiques qui pourraient être menées. »

Des émissions variées à considérer

En fonction des disciplines, les postes d’émission varient énormément. « Les laboratoires qui ont des expériences de terrain auront des émissions plus importantes pour les déplacements comparé aux laboratoires en sciences humaines et sociales dont les émissions majoritaires sont liées au bâtiment et aux déplacements domicile-travail », explicite Odile Blanchard.

Le collectif ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « On travaille déjà à la V2 qui pourrait sortir à la fin de l’année et inclura toute l’empreinte carbone des équipements numériques des laboratoires, prévient Odile Blanchard. Une V3 suivra sur les achats, un volet beaucoup plus complexe ». En attendant, le collectif compte sur ses membres, sur le bouche-à-oreille entre laboratoires et sur le soutien d’organismes de recherche et d’universités pour déployer l’outil.

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Posté le par Matthieu Combe


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