En juillet 2025, le gouvernement lançait « Osez l’IA », un plan qui vise à accélérer la diffusion de l’IA dans les entreprises, en vue d’une adoption massive à l’horizon 2030. Les objectifs sont ambitieux : atteindre un taux d’adoption de 100% dans les grandes entreprises, 80% pour les PME et ETI et 50% pour les TPE. Un an après, où en sommes-nous ?
D’un montant initial de 200 millions d’euros, le plan national « Osez l’IA » repose sur trois piliers : la sensibilisation des entreprises, la formation, et l’accompagnement dans le but d’identifier et déployer les solutions d’IA les plus pertinentes.
Ce plan doit se traduire, de manière concrète, par :
- une Académie de l’IA gratuite et accessible à tous ;
- des diagnostics IA subventionnés à 40 %, pour les PME ;
- un fonds de garantie bancaire pour financer des projets IA ;
- un programme d’accélération visant 100 entreprises à fort potentiel ;
- un appel à projets « pionniers de l’IA ».
Un an après sa création, le ministère de l’Économie assure que le premier bilan est positif.
Un bilan qui concerne surtout la sensibilisation à l’IA
Selon une étude publiée par Siparex et Bpifrance, fin 2025, 86 % des dirigeants de PME et ETI considéraient l’IA comme priorité stratégique, alors qu’ils étaient seulement 48 % à le penser un an plus tôt. Et fin 2025, 55 % des PME et ETI avaient lancé des projets IA, contre 15 %, deux ans auparavant.
Sur le papier, l’adoption de l’IA semble donc bien partie et le bilan du plan, annoncé par le gouvernement, va dans ce sens : « 35 000 entreprises ont été sensibilisées grâce à un réseau de 615 Ambassadeurs IA présents dans 20 régions et collectivités, dont les outre-mer, et couvrant 13 secteurs d’activité ».
Par ailleurs, le ministère de l’Économie annonce que « 88 offreurs de solutions d’IA adaptées aux PME et ETI » ont été référencés et 70 Diagnostics Data IA ont déjà été engagés. En outre, la plate-forme « Accélérez avec l’IA » rassemble désormais 54 cas d’usage.
Avec ces chiffres, le gouvernement communique sur la mise en place des outils et la sensibilisation. Néanmoins, ces chiffres ne démontrent en aucun cas le succès du dispositif, faute d’indicateurs précis comme le taux de conversion. Or, le fait que seuls 70 Diagnostics Data IA aient été engagés n’est pas encore une preuve de réussite, compte tenu des 35 000 entreprises sensibilisées.
Un élargissement du dispositif a été annoncé
Un renforcement du plan a cependant été annoncé en juin 2026, avec un objectif de 1 000 nouveaux Diagnostics Data IA cofinancés, ainsi que de nouvelles promotions d’Accélérateurs Bpifrance pour 2026.
En revanche aucune augmentation de l’enveloppe budgétaire n’a été annoncée. Or, des spécialistes comme Jean-Baptiste Bouzige, président et cofondateur d’Ekimetrics, avaient déjà critiqué le montant du plan initial (200 millions d’euros), jugé trop faible pour atteindre une industrialisation massive de l’IA.
En outre, la partie financement reste globalement floue pour les entreprises, car il n’y a aucune certitude que le taux de cofinancement de 40 % qui a été annoncé sera toujours d’actualité à partir de 2027, surtout après la période électorale.
Un nouveau plan de 80 millions
« Impulsion IA 2027 », un autre plan de 80 millions, a également été annoncé le 22 septembre, mais, contrairement à « Osez l’IA » qui cible les entreprises, celui-ci vise à accompagner le monde du travail dans son ensemble.
Que contient ce plan ? À l’instar d’« Osez l’IA », il est également centré sur l’acculturation à l’IA. D’après le journal Le Monde, une partie de celui-ci servirait ainsi à financer la formation des apprentis et serait fléchée vers les centres de formation des apprentis (CFA).
En outre, un fonds national pour les CFA devrait aussi être intégré au projet de loi de finances 2027 et la réforme du compte personnel de formation (CPF) fera passer l’IA en priorité nationale.
Si « la formation n’est évidemment pas un mauvais investissement », comme le fait remarquer la journaliste Célia Séramour dans l’Usine digitale, le risque est, une nouvelle fois, de mesurer le succès du plan en se basant sur des critères comme le taux d’adoption de l’IA ou le nombre de personnes formées, alors que les indicateurs vraiment intéressants sont ailleurs et concernent l’industrialisation des usages et les gains de productivité réels.
La France sait former, sensibiliser et expérimenter, mais saura-t-elle réussir le passage à l’échelle en matière d’IA ? Il faut l’espérer, car, pour le moment, le point faible de la politique française en matière d’IA est l’industrialisation des projets, qui n’est pas encore assez rapide.






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