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Décryptage

95% de renouvelables en France est possible techniquement et économiquement selon l’ADEME

Posté le par Pierre Thouverez dans Énergie

Alors que le gouvernement espagnol se fixe comme objectif 70% de renouvelables dès 2030 et qu'EDF s'apprête à construire une gigantesque centrale solaire au Maroc, l'ADEME, en collaboration avec le cabinet spécialisé ARTELYS fondé notamment par des anciens d'EDF, démontre que passer à 40% de renouvelable dès 2030, 85% en 2050 et 95% en 2060 en France est tout à fait possible. A la fois techniquement et économiquement.

« Dès lors qu’on cherche à optimiser les coûts de production de l’électricité et réduire son coût pour le consommateur, l’étude de l’ADEME aboutit à une part très importante des EnR dans le système électrique français » souligne l’agence étatique dans son communiqué de presse.  « Pour le consommateur, l’augmentation progressive de la part des EnR dans le mix électrique permet de faire baisser le coût total de l’électricité jusqu’environ 90 €/MWh hors taxe sur le long terme (à comparer au coût actuel, près de 100 €/MWh), ceci malgré l’augmentation prévisible du prix des énergies fossiles et du CO2. Cette estimation prend en compte tous les coûts du système électrique (production, réseau, stockage, importation…) et garantit l’équilibre offre-demande horaire pour les sept années météorologiques testées. »

Ce niveau d’énergie renouvelable très élevé ne manque pas de susciter un débat relatif au maintien de la stabilité du réseau, aujourd’hui réalisé grâce à l’inertie des groupes tournants. Il s’avère que c’est techniquement possible, et à un coût très marginal. De nombreuses études réalisées par des experts en Australie, aux USA, en Allemagne et dans d’autres pays du monde parviennent à des conclusions similaires.  « L’étude estime que même avec 87% d’EnR en Europe continentale en 2050, il est possible, pour un très faible coût, de prendre en compte le niveau d’inertie minimum que se fixe le gestionnaire de réseau irlandais Eirgrid pour les prochaines années (lequel est confronté à cette problématique en raison de l’insularité du pays et d’un taux d’EnR élevé) » affirme l’ADEME.  A quel coût?  « Moins d’1 €/MWh  » estime l’organisme d’état, soit 0,1 c€/kWh. Autrement dit, rien du tout.  Maintenir un réseau électrique insulaire (Irlande) est plus difficile qu’au niveau du continent européen en raison des interconnexions électriques.  Donc ce qui est possible avec les normes irlandaises l’est a fortiori à l’échelle du continent européen électriquement interconnecté.

L’étude montre que les batteries des voitures électriques, dans le cadre de l’approche V2G-G2V (Vehicule-to-Grid / Grid-to-vehicule) peuvent jouer un rôle clé pour offrir de la flexibilité électrique. 10 millions de voitures électriques avec une puissance de charge / injection de seulement 3 kW l’unité, c’est 30 GW. Le potentiel est donc énorme. La puissance appelée moyenne en France est de 60 GW.

« Il s’agit de peser sur le débat à venir et d’éclairer les choix jusqu’en 2060  »   souligne le président de l’ADEME, Arnaud Leroy, un proche d’Emmanuel Macron, en introduction du rapport.  « Il ne s’agit pas de prétendre décider une fois pour toutes les choix d’investissements pour les quarante prochaines années, mais bien de s’assurer qu’un choix fait aujourd’hui ne va pas faire peser des coûts indus à nos enfants et petitsenfants quelques dizaines d’années plus tard.  »

L’étude montre par ailleurs que construire de nouveaux réacteurs en France constitue un non-sens économique.  En outre l’EPR finlandais pourrait subir de nouveaux retards.  « L’achèvement des tests de mise en service n’a pas progressé conformément au calendrier mis à jour », a déclaré en octobre 2018 la compagnie d’électricité finlandaise Teollisuuden Voima (TVO). Le projet de gigacentrale solaire d’EDF au Maroc (825 MW)  pourra être réalisé bien plus rapidement.

40% de renouvelables en 2030 ? L’objectif est très modeste comparativement à celui de l’Espagne ou d’autres pays du monde. La France serait-elle condamnée à faire presque deux fois moins bien que  son voisin ibérique ? Selon le PDG du groupe français Neoen, passer « en 5 ans » à 50% de renouvelables (dont 30% de solaire + éolien et 15% d’hydroélectricité) est tout à fait possible. Quand on veut, on peut.

Pour aller plus loin

Posté le par Pierre Thouverez

Les derniers commentaires

  • Une ânerie de plus à l’actif de l’Ademe.
    L’ingénieur Marchal disait en 2013 : 100 % ENR en 2050 pour une consommation annuelle de 250 TWh, globalement la moitié de la consommation actuelle. La tenue en fréquence du réseau était balayé d’un revers de main et le stockage fait par méthanation avec un rendement de 20 %.
    Il a évolué aujourd’hui: c’est 100 % ENR en 2060 pour une consommation de 600 TWh. Toujours aucun problème de stockage et de tenue en fréquence du réseau.

    Je finis par croire que c’est un grand malade.

  • Monsieur / Madame Moustiou, excuses : Mme ou M. tout le monde voit sans doute le bout de son nez. Au bout du mien, il y a une ampoule LED supposée durer bien plus de 10000 heures et qui m’a lâché bien avant d’atteindre cette longévité, de très très loin, et malgré son prix (bonjour mon pouvoir d’achat) et les ressources qu’elle a du consommer à produire. Dans les fiches conseil de l’Ademe, le produit est pourtant conseillé sans restriction particulière. C’est avec ce type d’expérience que Mme ou M. tout le monde se fait un point de vue sur l’établissement et son expertise.

  • Encore une fois, on fait comme si les matières premières nécessaires pour ces technologies étaient inépuisables. Or ce n’est pas le cas et certaines ont une espérance de vie très limitée. Ces technologies représentent peut être une solution à moyen terme, mais certainement pas une solution d’avenir car leur maintenance nécessite le remplacement tous les 30 ans d’une grosse partie de leurs composants riches en matières premières non durables. Déja qu’il y a tension à l’heure actuelle sur ces matières premières , comment ferons nous dans 30 ans? Sortons du déni de la réalité qui nous fait croire que nos ressources sont infinies. Sans sortie du productivisme, nous allons droit vers l’épuisement de notre environnement, le saccage de la planète et l’extinction de notre espèce.

  • C’est drôle comme à chaque fois qu’un article prônant les ENR sort, les Mme et M. tout le monde sans aucune connaissance approfondie réelle du sujet s’empressent de critiquer ouvertement les pistes établies par des experts dont c’est le travail à l’année.
    Avez vous lu l’étude ? Laissez moi en douter fortement, d’ailleurs vous ne la lirez peut être même pas…des fois qu’elle parvienne à vous convaincre qu’il faut sortir du nucléaire et donc que vous n’aurez peut être plus le même travail demain, imaginez le dilemme pour un agent EDF devant cet article….

  • exemple du Portugal : cet automne avec de bonnes conditions météo 10 jours se suite alimenter par EnR (essentiellement éolien) , ce jour avec un anticyclone éolien 11%, charbon 20%, gaz 28% , 363g de CO2 par kWh (71g pour la France ) . Autre exemple projet en Ecosse 60 MW éolien en mer , stockage 30Mwh à terre.
    L’utilisation des batteries des véhicules électriques peut aider mais ne sera certainement pas suffisant , l’exemple de l’Ecosse parait intéressant : la moitié de l’investissement pour la production d’ EnR , l’autre moitié pour le stockage


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