Magistrats et avocats se sont rassemblés salle des pas perdus et dans les coursives du tribunal de Bobigny vendredi en soutien au juge Youssef Badr, visé par des menaces après la parution du magazine d’extrême droite Frontières l’accusant de biais politique.
« Jamais, jamais, nous ne céderons sur les tentatives d’intimidation et les attaques qui sont portées à la justice », a déclaré Anne Auclair-Rabinovitch, présidente du tribunal.
Le procureur, Alexandre de Bosschère, a assuré qu' »aucun acteur de cette juridiction, mis en cause pour n’avoir fait que son travail, ne sera laissé seul face à des attaques. »
Président du tribunal de Paris après avoir dirigé celui de Bobigny, Peimane Ghaleh-Marzban a lui salué les qualités professionnelles de Youssef Badr et dénoncé une « essentialisation raciste », qu’il a qualifiée d' »inacceptable et intolérable. »
En juin, le juge avait déjà reçu menaces et insultes après qu’un tribunal qu’il présidait avait condamné Erik Tegnér, directeur de la rédaction de Frontières.
Ecopant d’une peine de six mois de prison avec sursis pour la divulgation de données personnelles d’avocats spécialisés en droit des étrangers, Erik Tegnér, qui a fait appel, avait dénoncé « une totale dinguerie » et appelé ses abonnés sur X à « se mobiliser ».
Dans les 24 pages qu’il consacre à Youssef Badr cette semaine, Frontières exhume des tweets et interviews du juge qui seraient, selon ce média, de nature à poser la question de son impartialité.
En marge du rassemblement organisé vendredi midi au sein du tribunal, le directeur de publication de Frontières, Jordan Florentin, est venu sur le parvis du tribunal pour y tourner une vidéo promotionnelle.
Sa présence, perçue comme une provocation par des justiciables, a provoqué de vifs échanges et contraint la mobilisation d’une vingtaine de policiers autour des deux employés du magazine.
« Vous menacez les magistrats, maintenant? Vous avez pointé un juge dans votre torchon », a notamment critiqué Nadia Meziane, 52 ans, au micro siglé 100% Frontières, émission diffusée sur CNews.
« Faire un portrait, c’est une menace, madame? » l’a questionnée Jordan Florentin tout en montrant la Une du magazine avec le portrait de Youssef Badr. « Oui, évidemment, puisque votre torchon ne modère pas les commentaires, » a rétorqué l’accompagnante d’élèves en situation de handicap.
Après avoir enregistré une séquence sur le parvis et filmé les dizaines de personnes hostiles à leur venue, Jordan Florentin et le cameraman qui l’accompagnait ont été escortés jusqu’à leur voiture par quatre policiers.
Frontières fait partie de la galaxie médiatique dans le giron du milliardaire Vincent Bolloré depuis l’entrée de Lagardère News à son capital en septembre.
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