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Au salon de l’alimentation de Paris, une déferlante de promesses de santé

Posté le par AFP

Des sodas « relaxants », du chocolat pour la ménopause et des fibres partout. L’industrie agroalimentaire amplifie ses promesses de santé, brouillant un peu plus la frontière entre l’épicerie et la pharmacie.

Le Salon international de l’alimentation de Paris a présenté cette semaine quantité de ces aliments dits « fonctionnels ». L’événement créé en 1964 a aussi vu pour la première fois la participation de laboratoires de compléments alimentaires.

« Notre promesse ! Votre santé ! », proclamait un présentoir de canettes de boissons enrichies en fibres. Les nouveautés venaient de partout: biscuits allemands « bouchées du cycle » pour « le bien-être menstruel », crème glacée de Thaïlande aux milliards de probiotiques, boisson estonienne « apaisante » à base de champignon adaptogène, bols espagnols au potassium régulant « la tension artérielle » ou au magnésium source d' »équilibre psychologique »…

Des fraises enrobées de yaourt, aux vertus « pré, pro et postbiotiques », et des nouilles de surimi riches en protéines et collagène ont reçu des prix.

Après le boom des protéines ajoutées, arrive une vague de fibres, tandis que les géants, de Danone à Nestlé, poursuivent des stratégies autour de la nutrition et de la santé.

Amande Valladier, fondatrice de Spher’Innov, petit producteur breton de billes d’algue pour les bubble teas et autres préparations, explique qu’on lui demande désormais d’y encapsuler de la poudre de collagène.

« Je me suis interrogée sur la durée de cette tendance, mais je constate que ça tient », dit la responsable, qui compte poursuivre avec d’autres nutriments si des commandes se présentent.

Cette inflation « trouve son inspiration dans l’univers des compléments alimentaires », affirme Grégory Dubourg, du cabinet de conseil Nutrikeo : « on ajoute des promesses de bénéfices santé à des aliments de la vie de tous les jours ».

Cela peut être pour compenser une carence ou de la prévention pour bien vieillir, une idée de longévité qui mobiliserait désormais « les consommateurs dès le plus jeune âge », assure-t-il.

– Carences pourtant rares –

L’idée de l' »alicament » n’est pas totalement nouvelle, des décennies après l’apparition de la margarine végétale, des huiles composées ou de l’Actimel, lui-même cousin du japonais Yakult quasi centenaire.

Mais le mélange des genres s’accentue.

« On a des compléments alimentaires à forme d’aliment, avec des potages, des gummies… et l’industrie alimentaire fait des produits avec des promesses », souligne Xavier Terlet, cofondateur du cabinet ProtéinesXTC.

Le succès tient au fait que « l’offre s’est adaptée, elle joue sur la carte plaisir », note ce spécialiste de l’innovation alimentaire. En France, « ça doit être bon ».

Pourtant sous nos latitudes, les carences sont rares et concernent surtout Vitamine D et fibres, souligne la professeure Irène Margaritis, de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

« Compenser un déséquilibre alimentaire par des petites touches, ça ne marche pas », explique-t-elle. Et aucun ajout ne peut remplacer « les apports d’une alimentation diversifiée ».

Depuis 2006, l’UE liste les allégations nutritionnelles et de santé autorisées pour les denrées et compléments alimentaires.

Évaluées par l’autorité de sécurité des aliments (Efsa) par ingrédient, elles excluent notamment les promesses thérapeutiques ou celles trop vagues de type « facteur de bien-être ».

– « Jouer avec les allégations » –

Mais « on peut jouer avec les allégations », admet M. Terlet. Exemple: avoir de la vitamine C dans un mix autorise les allégations liées à ce nutriment.

Paradoxe dans ce contexte, certaines recettes contiennent bien du sucre, ou de nombreux ingrédients.

Jusque-là, « on était dans les garanties recherchées en amont, dans l’agriculture bio, la suppression des pesticides et la méfiance à l’égard de l’ultratransformation. Et en face, on cherche de la +fonctionnalité+, avec parfois des ingrédients qu’on ne connaît pas forcément. Le consommateur n’est pas toujours cohérent », commente M. Terlet.

L’intérêt de l’industrie pour l’argument santé ne semble en tout cas pas près de cesser.

D’abord en raison des bénéfices réalisés: « c’est une manière pour elle de +marger+ davantage », fait remarquer M. Terlet.

Et puis l’arrivée attendue en Europe des GLP-1, médicaments contre le diabète et l’obésité, promet celle de nouveaux produits.

Aux Etats-Unis, les géants de l’agroalimentaire ont développé des gammes pour accompagner le traitement: plats cuisinés ou yaourts aux formats plus petits, plus protéinés…

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