Améliorer la survie des patients grâce à un vaccin à ARN, cibler simultanément cellules cancéreuses et système immunitaire, aider les médecins à la décision par l’intelligence artificielle : ces pistes de recherches vont animer le Congrès européen de cancérologie, dit à l’AFP son président Fabrice André.
Aussi « le boom thérapeutique de la Chine se confirme », déclare le directeur de la recherche de l’Institut Gustave Roussy en région parisienne, à l’occasion de l’ouverture du congrès de l’Esmo, où est présenté un panorama d’avancées médicales du 23 au 27 octobre à Madrid.
Question : Certaines recherches parmi les plus prometteuses cette année, portent sur les vaccins à ARN ?
Réponse : C’est extrêmement important, car c’est la première fois qu’un vaccin pourrait améliorer la survie sans récidive des patients. Une étude des laboratoires Moderna et Merck compare, chez les patients opérés d’un mélanome, l’effet d’une immunothérapie, le Keytruda, administrée seule ou associée au vaccin à ARN personnalisé. C’est à dire un traitement conçu sur mesure à partir des caractéristiques biologiques propres à chaque patient. La question est de savoir si le bénéfice de ce vaccin est faible ou important. On ne sait pas encore si l’efficacité vient du fait de cibler l’antigène ou de mettre de l’ARN en plus d’une immunothérapie. Donc on ignore si cela ouvre à 100% le champ d’investigation des vaccins en cancérologie.
Q : Quelles autres pistes de recherche a-t-on ?
R : « Il y a aussi ce qu’on appelle les anticorps bispécifiques, des protéines artificielles conçues pour exécuter une double mission simultanée : se fixer sur une protéine à la surface de la cellule cancéreuse et activer le lymphocyte T (le soldat de notre système immunitaire, ndlr) pour lui indiquer sa cible à détruire. Une étude rapporte des bénéfices, en survie globale, chez certains patients qui ont un cancer du poumon à petites cellules métastatiques. Aussi, on développe des thérapies ciblées sur une protéine (KRAS) qui, dans 90 % des cancers du pancréas, subit une mutation et se met à donner un signal ininterrompu de prolifération aux cellules cancéreuses. Un médicament, le daraxonrasib, parvient à bloquer ce signal, ce qui a permis d’améliorer la survie des malades atteints de cancer du pancréas. Là, le laboratoire Genentech présente des données très attendues dans le traitement du cancer du poumon non à petites cellules (CPNPC) avec un autre médicament, le divarasib.
Q : A-t-on progressé dans la détection précoce du cancer ?
R : Certaines études intéressantes portent sur l’utilisation des auto-anticorps dans la détection précoce du cancer. Détecter ces auto-anticorps (des protéines produites par le système immunitaire qui se retournent par erreur contre les propres cellules, ndlr) dirigés contre le cancer, par une prise de sang, pourrait servir à détecter précocement le cancer. D’autres recherches portent sur la meilleure compréhension des caractéristiques des ADN qu’on détecte précocément dans le sang.
Q : Où en est l’apport de l’intelligence artificielle en cancérologie ?
R : Il y a deux types d’IA: l’IA prédictive qui va, par exemple, analyser un test et dire si le pronostic du patient est bon, si sa sensibilité au traitement sera élevée -en fonction de ses caractéristiques biologiques, cliniques, pathologiques… Beaucoup d’IA se développent sur le sujet, en France notamment. Et il y a l’IA générative, ChatGPT, Claude, etc. qui a trois types d’utilisation : soit pour guider le patient, soit pour aider le praticien à la décision. L’ESMO se concentre sur celle-ci : le praticien entre l’ensemble des caractéristiques du patient et l’IA lui dit quel traitement serait le plus adéquat. La troisième utilisation, ce sont les IA destinées à améliorer l’efficience des infrastructures hospitalières : faire un résumé de dossier pour une réunion de consultation multidisciplinaire, etc.
Q : La percée de la Chine, dont les recherches s’étoffent, change-t-elle la donne ?
R : L’innovation continue à venir beaucoup des États-Unis mais en effet le boom thérapeutique de la Chine se confirme. A ce stade, il porte sur des médicaments dont la substance principale ou la cible principale sont déjà connus, qui visent à couvrir les besoins de la population chinoise, donc à atteindre une souveraineté qui serait assez exceptionnelle. Mais on manque d’outils aujourd’hui pour extrapoler aux patients européens des données d’essais cliniques faits 100 % en Chine, sur une population différente dont les patients n’ont pas le même mécanisme de résistance à des traitements antérieurs notamment. Aujourd’hui, il n’y a pas vraiment de médicaments qui arrivent aux patients français et européens, qui n’existeraient pas sans la Chine. Mais il est possible que dans le futur, ce soit le cas.
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