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Aux Rencontres d’Aix, l’obsédante question de la souveraineté économique

Posté le par AFP

La souveraineté économique de l’Europe et de la France a été au coeur de nombreux débats aux Rencontres économiques d’Aix, témoignant des inquiétudes face aux menaces des Etats-Unis ou de la Chine.

Capacité des pays européens à maîtriser leurs technologies, sécuriser leurs approvisionnements, défendre leurs intérêts stratégiques: autant de thèmes abordés par différents intervenants de ce rendez-vous économique annuel, consacré jusqu’à samedi au thème « Naviguer dans un monde sans repères ».

« Clairement, on voit cette préoccupation à Aix », explique Olivier Sautel, chef économiste de Deloitte France. Que ce soit dans la défense, les matériaux critiques, le cloud numérique, l’intelligence artificielle (IA) ou l’énergie, « les enjeux d’investissements sont énormes », notamment face à l’avance technologique des Etats-Unis.

« Ce sont des sujets qui en deux, trois ans, sont devenus des critères extrêmement importants » dans les politiques publiques, à la suite de la guerre en Ukraine, qui a mis en évidence notre dépendance au gaz russe, et du retour au pouvoir de Donald Trump, avec « un discours de désalignement stratégique avec l’Europe », ajoute-t-il.

– « Autonomie stratégique » –

Ministres, responsables européens ou chefs d’entreprise ont largement mis en avant lors des Rencontres économiques la nécessité de progresser vers plus d’indépendance dans des secteurs vulnérables, à l’échelle nationale mais surtout européenne.

« Mon cap sera celui de la souveraineté sous toutes ses formes: financière, industrielle, énergétique et numérique », a ainsi affirmé le ministre de l’Economie français Roland Lescure.

« Le renouvellement industriel et la réduction des dépendances, c’est quelque chose de critique », a affirmé de son côté le président du Conseil européen Antonio Costa, lors d’un débat avec la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde.

L’Europe a notamment de gros efforts à faire en termes de compétitivité. Le rapport Draghi en 2024 estimait déjà que l’Europe devait débloquer 750 à 800 milliards d’euros par an pour le rattrapage de son retard dans plusieurs domaines, pour éviter une « lente agonie » face aux Etats-Unis et à la Chine.

Il plaidait pour des investissements massifs dans l’innovation numérique, la transition verte et les industries de défense. Selon une étude récente de l’Institut Montaigne, « le plus gros reste à faire », près de deux ans après ce rapport.

La Commission européenne a aussi présenté en mars des propositions en faveur du « Made in Europe » pour réindustrialiser le continent et mieux résister à la concurrence chinoise.

– « Tournant de l’histoire » –

« Notre souveraineté, notre autonomie doit passer par la diversification » en « termes d’origine des produits, en particulier sur les terres rares », ou encore par « l’indépendance en matière énergétique », a plaidé par ailleurs Christine Lagarde.

Institutions mais aussi chefs d’entreprise se sont emparés de ce sujet à Aix, à l’image des dirigeants de l’avionneur européen Airbus, de la banque BPCE ou de l’énergéticien Engie, qui ont débattu sur le thème « L’Europe peut-elle être souveraine? ».

« On est à un tournant de l’histoire aujourd’hui, où le monde qu’on a connu a changé. On a beaucoup plus de rapports de force et de blocs, et la question de la souveraineté se pose vraiment », a estimé le patron d’Airbus Guillaume Faury.

« La souveraineté européenne, c’est assurer le financement des transitions en Europe, c’est donner un cadre public accompagnant ce financement » et « ce sont des acteurs privés à qui l’on fait confiance pour bâtir des champions européens », a renchéri Nicolas Namias, président du directoire de la banque BPCE.

Pour l’économiste Olivier Sautel, « il y a plusieurs façons de répondre au problème », notamment « aller chercher des partenaires qui, géopolitiquement, nous semblent moins hostiles ou moins impérialistes ».

De son côté, le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné a assuré à Aix qu’il n’a « pas peur des Chinois ».

Je pense que l’Europe, c’est pas en mettant la ligne Maginot qu’on va y arriver. Il va se passer pire, ils vont rentrer sans nous rien nous apporter », a-t-il poursuivi.

« Ce qu’il faut, c’est mettre maintenant des conditions », a-t-il affirmé, proposant de nouveau de créer des co-entreprises avec une répartition du capital de 51%-49%, avec partage de technologies, comme les Chinois l’ont par le passé demandé aux groupes européens s’implantant en Chine.

slb/ved/fio

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