L’Irlande a proposé samedi de réduire d’environ 140 milliards d’euros le projet de budget pluriannuel de l’Union européenne, pour tenter de réconcilier l’Allemagne, qui réclame des coupes massives, et les autres pays dont la France qui s’y opposent.
Ce compromis élaboré par l’Irlande, qui exerce la présidence tournante de l’UE, vise à débloquer des négociations sur le prochain budget européen, pour l’instant au point mort.
L’UE voudrait les conclure avant Noël, afin d’éviter qu’elles ne soient télescopées par les nombreuses échéances électorales de 2027, notamment la présidentielle en France, où l’extrême droite caracole en tête dans les sondages.
Mais ce calendrier est particulièrement serré, vu les positions très hétérogènes au sein des 27, entre les pays « frugaux », menés par l’Allemagne, et ceux dont la France qui défendent un budget plus « ambitieux » face aux défis de l’Europe.
A ce stade, chacun campe sur ses positions et les législatives anticipées prévues fin novembre en Espagne pourraient faire glisser le calendrier.
Dans sa tentative de compromis, Dublin a proposé de réduire de 8 % le projet de budget initial présenté l’an dernier par la Commission européenne pour la période 2028 – 2034.
Pour ce faire, la présidence irlandaise de l’UE propose de sabrer dans les dépenses allouées au programme d’aide au développement Global Europe, les dépenses administratives, ou encore la compétitivité.
En revanche, les fonds dédiés aux politiques traditionnelles de l’UE, l’agriculture et la cohésion sociale et territoriale, seraient préservés dans l’ensemble, par rapport à ce que proposait Bruxelles, sans réduction des montants alloués aux Etats membres dans ces domaines.
Dublin propose en outre un total de 55 milliards d’euros de « ressources propres » supplémentaires pour alimenter le budget européen, sans alourdir d’autant les contributions des Etats membres, via notamment une taxe sur les grandes entreprises et la fiscalité environnementale.
Ces propositions seront au menu d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement européens organisé jeudi et vendredi à Bruxelles.
– « Coupes massives » –
Reste à voir si elles suffiront à réduire l’écart béant entre les positions des « frugaux », et des pays plus dépensiers.
La France se veut elle « au centre » de ces négociations, selon la présidence française, entre « d’un côté les super frugaux qui veulent des coupes massives, garder leur rabais et qui, du coup, condamnent le budget européen à une forme de régression », et « de l’autre, les +amis de la cohésion+ », ces 17 pays du sud et de l’est qui veulent augmenter les fonds pour l’agriculture et la cohésion.
La bataille remonte à l’été 2025, lorsque la Commission européenne a proposé une enveloppe totale de 2.000 milliards d’euros pour financer l’Union européenne sur la période 2028-2034.
Soit un bond d’environ 60 % par rapport au budget actuel (hors plan de relance face au Covid-19), au profit de nouvelles priorités : compétitivité, innovation et défense. Et sans sacrifier pour autant les politiques traditionnelles auxquelles de nombreuses capitales sont attachées.
« En période de réductions budgétaires dans tous les États membres, cela n’est tout simplement pas finançable. Car, au final, ce sont toujours les contribuables européens qui paient le budget de l’Union européenne », avait réaffirmé en septembre le chancelier allemand Friedrich Merz.
« Il reste du chemin à faire » pour réconcilier les points de vue, a expliqué lors d’une conférence de presse Thomas Byrne, le ministre irlandais des Affaires européennes, qui espère cependant que les propositions de Dublin aideront à « accélérer » les discussions.
Mais la Suède a d’ores et déjà pourfendu ce compromis, qualifié de « déraisonnable » par sa ministre de l’UE, Jessica Rosencrantz, appelant à réduire le budget encore plus.
Le Parlement européen, au contraire, réclame toujours un budget plus généreux.
Les coupes proposées par l’Irlande « affaibliraient notre capacité à agir », et diminueraient ses possibilités « de protéger les citoyens », a plaidé l’eurodéputé Siegfried Muresan (PPE, droite), co-rapporteur du budget.
Si ce projet de budget révisé ne représente qu’un peu plus de 1 % du revenu national brut de l’UE de 2028 à 2034, les négociations se déroulent dans un climat financier tout sauf propice pour les 27.
La France se débat avec ses difficultés budgétaires internes tandis que Friedrich Merz est fragilisé par la montée électorale du parti d’extrême droite AfD en Allemagne.
Et les élections législatives anticipées prévues le mois prochain en Espagne pourraient encore plus compliquer la donne.
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