La junte du Burkina Faso a lancé à la rentrée une refonte des programmes d’histoire, de géographie et d’instruction civique pour « décoloniser » les manuels scolaires, a annoncé mercredi le ministre de l’Enseignement secondaire.
Le régime militaire, au pouvoir depuis un coup d’Etat perpétré en septembre 2022 et dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, mène une politique souverainiste et autoritaire.
« Nos curricula sont des canaux qui nous poussent vers l’abîme. C’est pourquoi (..) nous avons décidé de relire ces curricula, d’en retirer les mots qui nous infantilisent et nous animalisent et d’y ajouter des chapitres qui promeuvent nos valeurs », a expliqué le ministre Moumouni Zoungrana lors d’un évènement gouvernemental.
Il avait évoqué ce projet au mois de septembre.
M. Zoungrana a revendiqué mercredi une « décolonisation des savoirs », effectuée dans « l’enseignement de l’histoire, de la géographie, et de l’instruction civique ». Le pays a été colonisé pendant des décennies par la France jusqu’à son indépendance en 1960.
« Quand vous ouvrez nos manuels, nous sommes totalement oubliés. (…), on nous présente comme étant des choses. On n’a jamais mis l’accent sur nos victoires. Au contraire, on a mis l’accent sur nos défaites, sur nos antivaleurs », a-t-il regretté.
« Il y a certains termes qu’on a dits qu’on ne veut plus entendre. Quelqu’un ne va pas venir détruire ta famille et vous allez l’appeler +héros+. Il est héros chez eux, mais chez nous c’est un destructeur. Donc c’est pourquoi nous avons changé les termes », a poursuivi le ministre.
Les manuels scolaires n’ont pas encore été modifiés, mais selon un professeur d’histoire-géographie exerçant à Ouagadougou, la capitale, le ministère a distribué un livret destiné aux enseignants qui précise les expressions à bannir, les chapitres à retirer et ceux à ajouter.
« La décolonisation a bien commencé avec la rentrée scolaire. C’est fini, le vocabulaire hérité de la colonisation dans nos salles de classe. On va curer le système éducatif des saletés et des injures dissimulées dans les manuels et que nos enfants apprenaient de façon mécanique », a exprimé à l’AFP cet enseignant, qui souhaite rester anonyme.
« On ne va plus parler d’explorateurs pour (Louis-Gustave) Binger, (François) Crozat, etc, mais d’envahisseurs. On va réhabiliter les résistants africains qui étaient présentés comme des tyrans ou barbares dans les anciens manuels », a-t-il souligné.
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