Une plateforme de l’opposition centrafricaine a demandé l’ouverture d’une enquête après les révélations de la société américaine Anthropic sur l’utilisation de son intelligence artificielle Claude par un acteur russe pour produire des contenus visant notamment à discréditer les opposants, a appris l’AFP samedi.
« C’est une démarche criminelle parce que l’intention est de nuire », a déclaré à l’AFP Martin Ziguélé, porte-parole du Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), la plateforme de l’opposition qui accuse le groupe paramilitaire russe Wagner de chercher à « criminaliser » les responsables de l’opposition pour « les réduire au silence ».
Dans un rapport publié en septembre, Anthropic indique avoir identifié et interrompu une « opération secrète orchestrée par l’État russe, destinée à manipuler et à perturber l’espace informationnel de la République centrafricaine », via une radio locale.
« Chaque fois que l’utilisateur générait du contenu, il demandait explicitement à Claude d’intégrer dans les articles des arguments prorusses et antifrançais » mais également « hostiles à l’opposition centrafricaine », écrit le rapport.
Anthropic indique également que « l’acteur russophone » a « organisé une opération de surveillance régulière afin de suivre et de mettre à jour les données concernant des personnalités politiques de l’opposition centrafricaine ».
« Claude a refusé de se plier à la demande la plus agressive de l’opération, qui consistait à désigner de véritables personnes comme des militants afin de susciter des mesures de sécurité à leur encontre. L’acteur s’est alors tourné vers une stratégie reposant sur des sources anonymes », poursuit le rapport.
« Si le site avait accepté de jouer à ce jeu, qu’est-ce qui serait advenu de nous ? », s’est indigné M. Ziguélé.
Anthropic indique avoir supprimé le compte et l’organisation associés à cette activité et relie l’acteur à une structure d’influence russe associée à Wagner et à Africa Corps.
« Ils veulent nous criminaliser, nous présenter comme des criminels pour que nous soyons poursuivis, que nous soyons réduits au silence », a dénoncé M. Ziguélé, accusant Wagner de défendre ses propres intérêts politiques, économiques et sécuritaires dans le pays.
M. Ziguélé n’a pas précisé si la plateforme avait déposé une plainte auprès des autorités judiciaires.
La Centrafrique est dirigée depuis 2016 par le président Faustin-Archange Touadéra, dont le pouvoir entretient des relations étroites avec Moscou.
Des éléments de Wagner sont présents dans le pays depuis plusieurs années et ont notamment participé à des opérations de sécurité aux côtés des forces centrafricaines.
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