Les Suisses votent dimanche sur une initiative populaire visant à durcir la neutralité du pays, un texte porté par la droite nationaliste et largement rejeté dans les sondages.
Cette initiative qualifiée de « pro-russe » par certains de ses opposants veut inscrire dans la Constitution une neutralité renforcée, excluant toute alliance avec une organisation militaire et toute reprise de sanctions économiques contre un pays tiers, sauf celles décidées par l’ONU.
Les Suisses votent très majoritairement par correspondance, ce qui explique que les bureaux de vote soient seulement ouverts dimanche matin. Les premiers résultats sont attendus dans l’après-midi.
Ancrée dans l’histoire suisse depuis plusieurs siècles, la neutralité de la Suisse est inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1848, le pays alpin s’abstenant ainsi de prendre parti dans les guerres entre Etats tiers.
Mais l’adoption par la Suisse des sanctions de l’Union européenne contre Moscou après l’invasion russe en Ukraine, ainsi que son premier mandat de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, en 2023 et 2024, ont placé la question de la neutralité helvétique au coeur des débats.
La définition de la neutralité suisse oppose deux conceptions.
Les partisans d’une neutralité flexible défendent la possibilité pour la Confédération d’adapter sa politique aux circonstances. C’est cette logique qui a notamment conduit la Suisse à collaborer avec l’Otan, sans en être membre.
La neutralité « a toujours été utilisée avec une marge de manoeuvre », a récemment déclaré à la radio publique suisse le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis.
« Neutralité ne veut pas dire que la Suisse regarde ailleurs quand il y a une violation des règles internationales », a-t-il également dit pendant la campagne.
– « Neutralité perpétuelle et armée » –
A l’inverse, l’organisation souverainiste Pro Suisse à l’origine de l’initiative défend, avec le soutien de l’Union démocratique du centre (UDC), parti de droite nationaliste et première force politique du pays, une conception plus rigoriste de la neutralité.
« La Suisse a un rôle fondamental à jouer sur cette planète. C’est le point blanc qu’on veut être, c’est la neutralité. Nous, ce qu’on veut, c’est amener la paix, la diplomatie et le dialogue. Et pour l’amener, il faut qu’on soit crédible avec une neutralité perpétuelle et armée », a soutenu Céline Amaudruz, vice-présidente UDC et députée, à la télévision suisse publique.
Moscou, qui accuse Berne d’avoir abandonné sa neutralité en s’alignant sur les sanctions de Bruxelles, a salué l’initiative.
Parmi les principaux partis, seule l’UDC a soutenu l’initiative.
Les premières enquêtes d’opinion annonçaient un scrutin serré. Mais les deux dernières, publiées la semaine passée, montrent qu’une large majorité des électeurs – bien au-delà de 60% – rejette l’initiative, suivant ainsi la position du gouvernement.
Les sondages prédisent également un rejet dimanche d’une autre initiative visant à renforcer la production alimentaire suisse pour réduire sa dépendance à l’étranger.
Issue d’un mouvement citoyen apolitique, la proposition vise à porter l’autosuffisance alimentaire à 70% en dix ans, contre 42% en 2024, un objectif jugé très difficile, voire impossible, par le gouvernement.
Les principaux partis la jugent également irréaliste et appellent à la rejeter, à l’exception des Vert·e·s, qui n’ont pas donné de consigne de vote.
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