Le sommet Choose France, cette grand-messe annuelle créée dès 2018 par Emmanuel Macron pour mettre en scène, dans le faste de Versailles, la réception des PDG étrangers et les convaincre d’investir dans le pays, survivra-t-il à l’élection de son successeur dans un an ?
« J’espère ! », lâche un proche du chef de l’Etat, estimant que le rendez-vous de l’attractivité sera « difficile à remettre en cause », et invitant les prétendants à « reprendre le bébé ».
Pour l’entourage présidentiel, la politique de l’offre, « pro-business », fait partie des « héritages immatériels » d’Emmanuel Macron.
L’AFP a interrogé les candidats à la présidentielle, ou leur entourage, pour savoir ce qu’ils feraient de Choose France.
– Philippe, Glucksmann et Retailleau maintiennent, avec des nuances –
. Edouard Philippe: « reprendre toute la politique de l’offre ».
Celui qui aspire à réunir le centre et la droite dans la course à l’Elysée ne remet pas en cause ce sommet, instauré pendant qu’il était le premier chef du gouvernement d’Emmanuel Macron (2017-2020). Malgré ses critiques envers l’évolution de la politique économique ces dernières années.
« Choose France était un pilier de la politique de l’offre menée entre 2017 et 2020 qui a permis de redresser l’attractivité de la France. C’est désormais son dernier vestige, qui ne repose plus que sur l’énergie du président de la République. Il faudra reprendre toute la politique de l’offre en 2027 », dit-on dans l’entourage du candidat Horizons.
. Raphaël Glucksmann: sous réserve d’évaluation.
Pas encore candidat, mais en précampagne active, le social-démocrate se montre ouvert à poursuivre l’expérience mais pose ses priorités pour exprimer sa sensibilité.
« Si le dispositif est évalué positivement, pas de raison d’arrêter ce qui marche », assure-t-on dans son entourage. « Mais il faut une évaluation des investissements réels et pas simplement des promesses d’investissement. »
« Plusieurs points majeurs pour nous », insiste-t-on: « transfert de compétences systématique et garantie que les projets seront souverains », avec un « filtrage des investissements étrangers selon les critères que Raphaël Glucksmann porte au niveau européen (pas d’espionnage industriel, certaines provenances interdites, etc.) ». Autre condition: donner la « priorité à la transition écologique et à l’industrie ».
. Bruno Retailleau: renforcer la création d’emplois.
« Choose France a une vertu: c’est un exercice intéressant pour faire une vitrine française », ce qui manquait au pays, reconnaît-on dans l’entourage du candidat Les Républicains.
Ce dernier paraît donc disposé à le maintenir, mais en évitant « que ça devienne un simple exercice de communication », où les milliards d’euros de fonds d’investissements étrangers qui rachètent des entreprises françaises sont mêlés aux vrais investissements productifs.
Et le candidat de droite veut aussi « compléter l’exercice » pour que les montants financiers mirobolants annoncés à chaque édition se traduisent par plus de « créations d’emploi partout sur le territoire ». Selon son entourage, les investissements étrangers en France créent en moyenne moins d’emplois qu’en Allemagne, Espagne ou Italie, « c’est là où ça pèche ».
– Le RN et Ruffin l’arrêtent –
. Marine Le Pen/Jordan Bardella: stop aux « trucs qui ne servent à rien ».
Au Rassemblement national, celle ou celui qui portera les couleurs du parti d’extrême droite à la présidentielle n’a pas l’intention de poursuivre un événement dont il critique les « moyens disproportionnés » mis dans son organisation.
« On arrêtera de financer des trucs qui ne servent à rien », explique un cadre dirigeant du RN. « Notre fonds souverain sera beaucoup plus utile », estime-t-il, avant d’ironiser sur le recours fréquent aux anglicismes par le président sortant: « au moins on lui donnera un nom français… »
. François Ruffin: priorité au « capital national ».
L’ex-insoumis supprimerait purement et simplement l’initiative macroniste.
« Je ne veux plus d’un Choose France, car la priorité doit être la mobilisation du capital national, de l’épargne nationale, et non d’aller chercher les capitaux étrangers », déclare à l’AFP le candidat de gauche.
– Mélenchon envisage de le transformer –
Très critique envers un rendez-vous accusé de dérouler le tapis rouge aux multinationales, le candidat de La France insoumise n’exclut pas de s’en servir à d’autres fins, tout en le transformant.
Selon Hadrien Clouet, coresponsable du programme de la gauche radicale, « on peut le garder pour proposer notre Pacte productif », que Jean-Luc Mélenchon veut soumettre aux entreprises, grandes et petites avec ces conditions: seules celles qui « contribuent aux grands objectifs productifs de la Nation (bifurcation écologique, sanitaire, spatial, maritime, numérique, industrie) seront bénéficiaires des aides actuellement existantes et bénéficieront d’un accès à des marchés prioritaires ».
« Mais Choose France avec des sociétés de capital-investissement et sans aucune direction publique sur ce qu’on veut produire, c’est fini », prévient-il.
D’autres candidats sollicités par l’AFP, dont Gabriel Attal et Marine Tondelier, n’ont pas donné suite.
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