Des rouleaux de papier encore emballés et des bidons de colle qui jonchent le sol, partout une forte odeur de tabac et une bonne couche de poussière brune. Le décor laisse de marbre les douaniers belges, affairés à leurs premières constatations.
Mercredi matin, une soixantaine de douaniers et policiers ont fait irruption dans un entrepôt de Ninove (centre), où ils ont découvert un site illégal de fabrication de cigarettes, le douzième démantelé dans le pays en 2026 qui sera très vraisemblablement une année record.
Onze personnes ont été interpellées sur place, quatre Polonais et sept Ukrainiens, surpris au lit vers 6H00 (04H00 GMT) dans des dortoirs aménagés à proximité des machines.
Près de la sortie du hangar, les palettes saisies contenaient 4,5 millions de cigarettes, prêtes à être écoulées au marché noir, dans des emballages également contrefaits.
Chiffres et explications sont donnés par la porte-parole de la douane, Florence Angelici, qui guide dans les lieux plusieurs équipes de journalistes –dont une de l’AFP– quelques heures après la perquisition.
Si la Pologne reste le pays numéro un en Europe pour la fabrication de cigarettes de contrefaçon (23 usines démantelées en 2025), la Belgique est un point d’appui important pour les trafiquants, qui cherchent à écouler leurs produits moins chers sur les marchés britannique et français notamment.
« La Belgique est intéressante car c’est un noeud autoroutier et on a beaucoup d’entrepôts, proches des pays (ciblés) pour écouler la marchandise », souligne Florence Angelici.
En 2025, quelque 200 millions de cigarettes contrefaites ont été saisies dans le pays, ce qui représente 97 millions d’euros de droits et taxes échappant au fisc belge, selon la douane.
Mardi, un rapport de la Cour des comptes européenne rappelait que ce commerce illicite grevait les budgets d’environ 13 milliards d’euros par an dans toute l’UE.
– Fraude à grande échelle –
A ce stade, il est difficile d’identifier le réseau criminel pour lequel travaillaient les suspects arrêtés à Ninove. Et depuis combien de temps les machines tournaient. Le contrat de location de l’entrepôt devrait renseigner les enquêteurs sur ce point.
« On a affaire à une fraude organisée à grande échelle dans toute l’Europe », confie sous couvert de l’anonymat une responsable des douanes.
L’opération de mercredi, qui intéresse plusieurs pays, a été coordonnée par l’office européen de police Europol, dont un fonctionnaire était présent sur place.
En pleine zone industrielle, isolé au bout du parking d’un grand magasin discount, le site découvert est de « taille classique », relève la douane.
Ni petit car il renferme « une ligne de production complète » dans plusieurs pièces, avec découpage des feuilles de tabac, séchage à l’aide de turbines, avant l’étape de l’assemblage avec papier et filtre puis celle de l’emballage.
Ni spécialement grand, alors que les douaniers belges ont en mémoire le démantèlement début août d’une fabrique qui employait une cinquantaine de personnes, à Monceau-sur-Sambre près de Charleroi (sud).
A chaque fois, la prouesse est de réussir à organiser une activité intense et bruyante sans attirer les soupçons.
L’entrepôt de Ninove a été transformé en lieu de vie en y aménageant des lits, des sanitaires, une cuisine et un même coin fitness. Mais aucune fenêtre ne laisse entrer la lumière naturelle.
« Le but est que le voisinage n’ait aucune idée de ce qui se passe à l’intérieur », dit Florence Angelici.
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