Manque de contrôle et de surveillance, réaction trop lente et communication tardive: un rapport parlementaire sur la récente affaire de laits infantiles relève des « lacunes » de l’Etat et des industriels et demandent qu’elles soient « impérativement prises en compte » dans la perspective de futures crises.
C’est un rapport « attendu par les familles » qui permet de « comprendre ce qu’il s’est passé » et d’établir « les dysfonctionnements », détaille auprès de l’AFP la députée Mathilde Hignet (LFI), co-rapporteure d’une mission flash avec le député Michel Lauzzana (Renaissance).
L’affaire des laits infantiles avait débuté en décembre 2025 avec le rappel par Nestlé de dizaines de lots dans une soixantaine de pays à cause de la présence potentielle de céréulide, toxine pouvant provoquer des vomissements dangereux chez un nouveau-né.
Puis elle s’est amplifiée avec une cascade de rappels similaires par des industriels comme Danone ou Lactalis, mais aussi de plus petits acteurs, jusqu’en février.
Point commun: un ingrédient – une huile riche en acide arachidonique (ARA) – fourni par le même sous-traitant chinois.
Des familles et associations avaient ensuite accusé les fabricants d’avoir trop tardé à engager les rappels et l’Etat de s’être excessivement reposé sur leur bonne volonté.
« La crise des laits infantiles révèle certaines lacunes qui doivent impérativement être prises en compte à l’avenir », écrivent les rapporteurs.
« Si on regarde la chronologie, on voit bien qu’il y a eu un problème », pointe Mathilde Hignet, expliquant que Nestlé, après avoir appris que la contamination provenait de l’huile ARA le 24 décembre, n’a informé les industriels que le 30 décembre puis les autorités françaises le 5 janvier.
Si la présence de la céréulide n’a pas été détecté plus tôt, selon le rapport, c’est d’abord car elle ne fait pas l’objet de contrôle en routine puisqu’elle n’est pas identifiée comme un danger spécifique dans l’alimentation.
Toutefois, sa production n’est possible « que dans le cas d’une très forte prolifération du Bacillus cereus, dont la présence doit pourtant être contrôlée tout au long du processus de fabrication », pointe le document.
Or cette contamination s’est poursuivie de longs mois « sans que le fournisseur Cabio Biotech n’y remédie », ce qui « sème le doute sur la réalité des contrôles diligentés », révèlent les rapporteurs.
Aussi, ils déplorent les « moyens limités des autorités de contrôle » qui conduisent « à se reposer, de manière croissante, sur les autocontrôles des industriels ».
-Communication « relativement tardive »-
Les rapporteurs questionnent aussi l’application du principe de précaution et se demandent « s’il n’aurait pas fallu d’emblée rappeler l’ensemble des lots contenant l’huile ARA en provenance du fournisseur chinois », plutôt que de laisser sur le marché « des produits potentiellement contaminés », en attendant les résultats des analyses.
Si les industriels estiment que cela aurait pu induire des pénuries, « les rapporteurs juge toutefois qu’il importe de vérifier si [cette stratégie] n’a pas été essentiellement guidée par des considérations économiques », écrivent-ils.
Autre « lacune » identifiée : la réactivité des autorités sanitaires, alors qu’il s’est écoulé « plus d’un mois » entre le début de l’alerte alimentaire et le déclenchement de l’alerte sanitaire, temps « pendant lequel des nourrissons ont consommé quotidiennement des laits contaminés ».
De même, le rapport pointe une communication « relativement tardive » à l’égard de l’ensemble des professionnels de santé qui n’ont été prévenus qu’au bout de 17 jours, et soulignent les « impressions de confusion et de manque de transparence » des consommateurs.
Les conséquences sanitaires restent, à ce jour, incertaines. En France, les autorités sanitaires ont initialement signalé trois décès de bébés ayant consommé un lait rappelé. Mais pour deux d’entre eux, à Angers et Bordeaux, la responsabilité du lait a été écartée.
Dans la perspective de crises futures, les rapporteurs émettent 14 recommandations, notamment de renforcer « les critères de référencement » des matières entrant dans la composition, comme l’huile ARA, et de renforcer les contrôles indépendants, à faire financer par les industriels.
Ils plaident aussi pour revoir la liste des substances réglementées par l’Union européenne et d’étudier « la possibilité d’y intégrer la toxine céréulide », d’améliorer les procédures d’alerte pour les aliments destinés aux enfants et à « rehausser le niveau d’exigence du cadre réglementaire applicable aux préparations infantiles pour le rapprocher de celui des médicaments ».
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