L’Union européenne veut sortir du gaz russe, mais les flux de gaz naturel liquéfié montrent une réalité plus contrastée. La hausse récente des importations illustre en effet la difficulté de concilier sécurité d’approvisionnement, sanctions et dépendances énergétiques.
Les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe dans l’Union européenne (UE) ont atteint au premier trimestre 2026 leur niveau trimestriel le plus élevé depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Les données publiées par l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA) font état d’une hausse de 16 % sur un an, avec des volumes tirés principalement par la France, l’Espagne et la Belgique.
Ce rebond intervient alors que l’UE a inscrit dans sa stratégie la fin progressive des importations d’énergie russe. La Commission européenne présente cette trajectoire comme un moyen de retirer du marché européen les importations russes de pétrole, de gaz et d’énergie nucléaire de manière graduelle et coordonnée.
Le paradoxe est net. La dépendance européenne au gaz russe a fortement diminué depuis 2022, mais la Russie reste un fournisseur significatif, en particulier de son GNL, acheminé par méthaniers et non par gazoducs. En 2025, la Russie représentait encore environ 12 % des importations de gaz de l’Union européenne, en incluant à la fois le gaz acheminé par gazoduc et le gaz naturel liquéfié, contre 45 % au début de la guerre.
Un recul des gazoducs, mais pas du GNL
La transformation du marché européen repose largement sur le basculement du gaz acheminé par gazoducs vers le GNL. Les importations venues de Russie par gazoducs sont passées d’environ 40 % des importations européennes en 2021 à environ 6 % en 2025. Dans le même temps, les importations de GNL ont progressé, notamment depuis les États-Unis, devenus le premier fournisseur de GNL de l’UE.
Cette diversification n’a pas supprimé la dépendance extérieure. En 2025, l’UE a importé plus de 140 milliards de mètres cubes de GNL, et les États-Unis représentaient près de 58 % de ces importations. Les importations américaines ont triplé entre 2021 et 2025, tandis que les plus grands importateurs européens de GNL étaient la France, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique.
Dans ce contexte, la Russie conserve une place importante sur le segment maritime. Les données de l’IEEFA indiquent que la Russie demeure le deuxième fournisseur de GNL de l’UE, malgré l’objectif européen de sortie du gaz russe. Les importations russes ont atteint un record trimestriel au début de 2026, avec une dynamique concentrée sur la France, l’Espagne et la Belgique.
Les volumes mentionnés dans les reprises de l’étude atteignent 6,9 milliards de mètres cubes au premier trimestre 2026, soit une hausse de 16 % par rapport à la même période de 2025. La tendance se serait prolongée en avril, avec une progression annuelle de 17 % des importations européennes de GNL russe.
Un calendrier de sortie encore sous tension
La sortie du gaz russe est désormais encadrée par un calendrier politique et réglementaire. Le Conseil de l’UE a adopté en janvier 2026 un règlement visant à interdire les importations de gaz naturel russe, par gazoduc comme sous forme liquéfiée, à partir du 18 mars 2026, avec des périodes de transition pour les contrats existants. L’interdiction complète doit s’appliquer d’ici la fin de 2027.
La Commission européenne précise que les importations restantes de gaz russe, évaluées à 35 milliards de mètres cubes par an, doivent disparaître du marché européen en moins de deux ans. Elle chiffre aussi à 10 milliards d’euros par an les dépenses européennes encore consacrées à ce gaz.
Le défi est d’autant plus sensible que le gaz reste central dans l’économie européenne. Il sert à produire de l’électricité et de la chaleur, à chauffer les logements et à alimenter des procédés industriels. Environ 30 % des ménages de l’UE utilisent le gaz pour le chauffage, même si la demande européenne de gaz a reculé de plus de 19 % entre 2021 et 2024.
L’autre tension concerne la montée en puissance du GNL américain. L’IEEFA estime que l’Europe pourrait tirer deux tiers de ses importations de GNL des États-Unis en 2026, puis jusqu’à 80 % pour l’UE en 2028. Cette évolution réduirait l’exposition au gaz russe, mais créerait une concentration accrue sur un autre fournisseur majeur.
La trajectoire européenne reste donc double. D’un côté, les institutions européennes ont engagé une sortie réglementaire du gaz russe. De l’autre, les flux de GNL du début 2026 montrent que les contraintes de marché, les contrats existants et les besoins de sécurité d’approvisionnement continuent de peser sur la politique énergétique européenne. Le rebond du GNL russe dans l’UE ne remet pas en cause l’objectif affiché de sortie, mais il en souligne le coût, la complexité et la dépendance persistante aux importations.






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