La restauration des forêts d’algues marines ne permettra pas d’atténuer le réchauffement climatique, qui fragilise au contraire ces puits naturels de carbone, à tel point qu’elles pourraient devenir à terme une source d’émissions de CO2, selon un article publié mardi dans la revue PLOS Biology.
Comme les arbres, les forêts d’algues séquestrent des milliards de tonnes de carbone chaque année par photosynthèse. Des projets de restauration et de culture d’algues marines tentent d’utiliser cette capacité à stocker du CO2 pour atténuer le réchauffement climatique.
Mais « la restauration et la culture des algues ne sont pas susceptibles, à elles seules, de constituer une solution majeure au changement climatique », a souligné à l’AFP Karen Filbee-Dexter, chercheuse en écologie marine à l’Université d’Australie occidentale et principale autrice de l’article.
Les auteurs insistent sur le recul à travers le monde des champs de grandes algues marines, comme les laminaires, qui sont très sensibles au réchauffement de l’océan provoqué par les émissions de gaz à effet de serre.
Ce déclin des forêts de macroalgues provoque l’émission de millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère et entraîne une réduction de leur capacité à séquestrer du carbone.
Ces dégâts provoqués par le changement climatique sont ainsi 1.000 à 10.000 fois plus importants que les gains permis grâce à la restauration, la plantation ou la culture d’algues marines, selon les auteurs.
« Il est extrêmement important (et plus efficace) de s’efforcer de prévenir la disparition des forêts d’algues dont nous disposons déjà », a estimé Mme Filbee-Dexter.
D’après les chercheurs, la question n’est ainsi plus « de savoir combien de carbone ces forêts (d’algues) pourraient séquestrer à l’avenir » mais « dans quelle mesure elles continueront à fonctionner comme des puits de carbone dans un océan qui se réchauffe. »
« Nous avons déjà connu cela pour les forêts terrestres », a remarqué Mme Filbee-Dexter. « Des écosystèmes qui, autrefois, absorbaient de manière fiable le carbone peuvent devenir des sources de carbone lorsqu’ils sont poussés au-delà de leurs limites. »
« Nous devons en tirer les leçons pour les océans », a-t-elle ajouté.
Écologue marin à la station biologique de Roscoff (Finistère), Jean-Charles Leclerc, a jugé, auprès de l’AFP, les conclusions de cet article « particulièrement pertinentes pour les politiques publiques ».
Il a appelé à protéger les forêts de laminaires « par la racine », « en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre avant tout » mais aussi « en protégeant nos eaux côtières de la surpêche et des multiples pressions qu’elles subissent ».
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