« Tous les modèles de seconde main ne se valent pas » : un rapport de l’ONG Oxfam publié jeudi estime que les boutiques solidaires, les friperies commerciales et les plateformes type Vinted n’ont ni « les mêmes objectifs », ni « les mêmes impacts ».
Pour cinq kilos de vêtements injectés dans chacun de ces circuits, l’empreinte carbone diffère: 0,6 kg de CO2 dans le premier cas, 2,9 kg dans le deuxième et 3,1 kg pour le dernier.
C’est ce qu’a chiffré, via des modélisations, le cabinet RDC Environnement pour l’ONG britannique Oxfam, qui détient en France huit boutiques solidaires.
L’ONG estime ainsi, en se basant sur cette étude réalisée par le cabinet indépendant qui oeuvre également en France pour l’Ademe (Agence de la transition écologique), que derrière l’expression « seconde main », se cachent différents modèles « aux objectifs parfois opposés ».
Là où le réseau des boutiques solidaires prend en charge localement les différentes étapes de tri, collecte et revente, les fripes lucratives importent massivement leurs vêtements de l’étranger, selon Oxfam, avec le coût environnemental, notamment en termes de transport, que cela suppose.
Quant aux plateformes numériques de revente entre particuliers, elles « multiplient les emballages et les moyens de transport » avec l’envoi de petits colis, a analysé Eloïse Bazin, chargée de plaidoyer à Oxfam France, lors d’une présentation presse.
En outre, le prix d’un vêtement diffère entre le secteur associatif et le lucratif: 3,40 euros en moyenne dans un vestiaire solidaire contre 16,70 euros pour le reste, évalue le rapport d’Oxfam.
Surtout, pour l’ONG, les objectifs poursuivis ne se valent pas.
– Surconsommation –
Oxfam, Emmaüs, Le Relais ou la Croix-Rouge cherchent à favoriser le réemploi des vêtements, mais aussi l’insertion de personnes vulnérables en les employant en boutiques, quand pour les acteurs commerciaux, il s’agit de faire des bénéfices.
Les grandes marques de mode s’y mettent aussi, en ouvrant des espaces dédiés à l’occasion dans leurs magasins et en délivrant un bon d’achat pour chaque vêtement usagé remis. Elles « ont fait des études marketing qui montrent que les gens achètent toujours plus que le bon d’achat », dénonce Cécile Duflot, la directrice générale d’Oxfam France.
Quant au modèle économique des plateformes numériques, il « repose moins sur la réduction de la consommation que sur l’intensification des échanges », selon le rapport, avec un système de « recommandations personnalisées, alertes, favoris, achats en quelques clics et renouvellement permanent de l’offre » qui reproduit « les mécanismes du e-commerce traditionnel ».
La France est un terreau fertile pour la seconde main lucrative, et d’ailleurs l’un des deux plus gros marchés pour Vinted, avait révélé Adam Jay, l’un de ses hauts dirigeants, à l’AFP en 2024.
Cette « exception européenne » s’explique, selon Mme Duflot, par le maillage moins important des boutiques solidaires en France. Au Royaume-Uni par exemple, les « charity shops » sont très implantées dans le paysage et bénéficient d’exonérations de taxes.
La seconde main « est une bonne solution si elle se substitue à un achat neuf mais sinon, ça ne répond pas au problème de surconsommation », alerte Mme Bazin.
Elle gagne du terrain en France en tout cas, ayant augmenté de 4,8% en volumes entre 2024 et 2025, selon l’éco-organisme Refashion, et représente désormais 7% des achats textiles.
Mais « le secteur lucratif prend de plus en plus de place » en parallèle, avertit Oxfam, avec six vêtements de seconde main sur dix qui sont vendus sur ces marchés.
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