Plus de 80% des adultes de Guadeloupe et de Martinique sont contaminés au chlordécone et un sur six dépasse le seuil de risque sanitaire, a révélé mardi une étude de Santé publique France (SpF), qui confirme une persistance généralisée de ce pesticide plus de trente ans après son interdiction.
La part d’adultes présentant du chlordécone détectable dans le sang atteint 81,3% en Guadeloupe et 85,5% en Martinique, selon l’étude Kannari 2, menée auprès de quelque 2.300 personnes sur les deux territoires et dévoilée mardi à Fort-de-France, à l’occasion d’un colloque scientifique sur ce pesticide.
Classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène, le chlordécone a été utilisé aux Antilles dès 1972 et par dérogation jusqu’en 1993 alors qu’il était interdit dans l’Hexagone dès 1990.
Répandu massivement dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, il y a durablement contaminé plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles, les cours d’eau et le milieu marin.
Plus de trente ans après son interdiction, 14,3% des adultes dépassent encore la valeur toxicologique de référence en Guadeloupe, un taux qui atteint 18,7% en Martinique. Ce seuil marque le niveau au-dessus duquel « le risque d’apparition d’effets sur la santé au sein de la population ne peut être exclu ».
Lancée en 2024, l’étude actualise les conclusions d’une précédente étude réalisée en 2013-2014, qui établissait que plus de neuf Antillais sur dix étaient contaminés. L’imprégnation recule légèrement, mais reste généralisée, avec toutefois « de fortes disparités », relève Santé publique France.
Les habitants des zones contaminées affichent des niveaux deux à trois fois supérieurs aux autres, pêcheurs et agriculteurs étant les plus exposés. Le niveau de concentration s’accroit en outre avec l’âge, « avec une différence notable entre les moins de 50 ans et les 50 ans ou plus ».
Le faible recul général s’explique notamment par le fait que certains aliments, « même s’ils sont conformes à la mise sur le marché, ne sont pas à zéro chlordécone », a expliqué à l’AFP Jacques Rosine, délégué régional de SpF pour les Antilles.
Ces résultats interviennent après la confirmation lundi, par la cour d’appel de Paris, du non-lieu dans le volet pénal du scandale, après vingt ans de procédures. Les avocats des parties civiles, qui ont dénoncé un « jour sombre », ont annoncé un pourvoi devant la Cour de cassation.
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