Logo ETI Quitter la lecture facile
Aluminium, engrais, chimie, des chaînes d’approvisionnement fragilisées au-delà des hydrocarbures

Aluminium, engrais, chimie, des chaînes d’approvisionnement fragilisées au-delà des hydrocarbures

Posté le par La rédaction dans Entreprises et marchés

La montée des tensions militaires autour de l’Iran rappelle que les chocs géopolitiques ne se limitent pas aux cours du pétrole ou du gaz. Quand la navigation devient plus risquée, quand les primes d’assurance augmentent et que certains itinéraires se ferment ou se contournent, des chaînes industrielles entières se retrouvent fragilisées. Les effets se diffusent alors bien au-delà de l’énergie, jusqu’aux métaux, aux engrais et à la chimie, avec des conséquences rapides sur les flux, les prix et la disponibilité des intrants.

La montée des tensions autour de l’Iran ne se limite pas aux hydrocarbures et rejaillit sur plusieurs marchés industriels. Métaux, engrais et chimie se retrouvent ainsi exposés à des problématiques touchant à la fois la logistique, l’énergie et les assurances maritimes.

Le point de fragilité le plus visible concerne le détroit d’Ormuz, passage clé entre le Golfe et l’océan Indien, dont la perturbation provoque des retards, des déroutements et des surcoûts d’assurance qui se répercutent sur des flux industriels.

Dans ce contexte, certaines compagnies maritimes ont annoncé la suspension de réservations de fret maritime vers plusieurs pays du Golfe et l’arrêt de traversées par Ormuz, ce qui réduit mécaniquement l’offre de transport disponible à court terme.

La tension est renforcée par des incidents de sécurité en mer, avec des attaques rapportées sur des navires commerciaux et des centaines de navires en attente de transit, ce qui alimente l’incertitude des chargeurs.

Pour l’aluminium, les répercussions sont immédiates. En effet, le Moyen-Orient pèse autour de 8 % de la production mondiale d’aluminium. Un ralentissement des expéditions au départ du Golfe peut donc rapidement réduire les volumes disponibles sur le marché international et alimenter des tensions sur les prix. Une partie de cette offre s’est ainsi retrouvée contrainte, côté expédition, lorsque l’un des principaux producteurs de Bahreïn a annoncé l’arrêt de ses livraisons et la mise en œuvre de clauses de force majeure, en lien avec l’impossibilité de naviguer dans la zone. En parallèle, un arrêt d’exploitation a été communiqué pour une grande unité au Qatar, avec un redémarrage présenté comme potentiellement long, ce qui augmente le risque d’un déficit prolongé.

En conséquence, les prix sur le contrat à trois mois ont réagi rapidement au LME (London Metal Exchange, Bourse des métaux de Londres), avec plus de 5 % de hausse sur l’aluminium. Ce prix a ainsi atteint son plus haut niveau depuis avril 2022, tandis que les primes du marché physique ont aussi augmenté, en Europe sur la référence duty paid et aux États-Unis sur la référence US Midwest.

Engrais et intrants agricoles, un risque de propagation rapide

L’impact sur les engrais apparaît également critique, car Ormuz concentre une part majeure des exportations de certains intrants agricoles, notamment l’urée et le soufre, essentiels aux fertilisants azotés et phosphatés. Les volumes qui transitent par Ormuz représentent environ 35 % des exportations mondiales d’urée et 45 % des exportations mondiales de soufre, ce qui rend le système vulnérable au moindre blocage.

La tension s’est traduite par une hausse des prix de l’urée granulée au Moyen-Orient, annoncée à plus 130 dollars la tonne, et par une hausse de l’ammoniac en Europe, donnée à plus 130 dollars pour atteindre 725 dollars la tonne sur les références suivies.

Des arrêts de production et d’exportations ont été signalés dans la région, y compris au Qatar et en Iran, ce qui durcit les disponibilités au moment où débute la période d’épandage dans l’hémisphère Nord.

Le risque de transmission aux prix alimentaires est mis en avant par plusieurs analyses, l’argument étant que les engrais soutiennent une part importante de la production agricole mondiale et que la fenêtre de décision des agriculteurs est courte. D’autres évaluations centrées sur la logistique soulignent qu’environ un tiers des engrais mondiaux, en incluant soufre et ammoniac, transitent par Ormuz, ce qui corrobore l’idée d’un goulot d’étranglement.

Chimie et plastiques, l’effet domino par le naphta et le fret

Dans la chimie, la vulnérabilité se joue d’abord sur les matières premières de base, notamment le naphta, utilisé comme charge de vapocraquage pour fabriquer des plastiques et des intermédiaires.

Une partie des flux de naphta depuis le Moyen-Orient vers l’Asie, évaluée autour de 4 millions de tonnes par mois, est perturbée, poussant certains industriels à réduire leurs taux d’utilisation et à chercher des alternatives d’approvisionnement.

Des déclarations de force majeure et des annulations d’appels d’offres d’importation ont été signalées chez des acteurs asiatiques, ce qui illustre une mise sur pause des transactions et une difficulté à former les prix dans l’immédiat.

Les marges du naphta en Asie ont, de fait, bondi jusqu’à leur niveau le plus haut depuis quatre ans, donné à 173 dollars la tonne au-dessus du Brent, ce qui se répercute sur la compétitivité des chaînes pétrochimiques.

Au-delà des charges, les marchés des polymères ont connu un gel temporaire des offres, avec des propositions retirées ou suspendues au Moyen-Orient et sur des marchés clients comme l’Inde, la Turquie ou l’Afrique.

Des hausses de primes de risque ont par ailleurs été observées sur certaines cargaisons, avec des montants rapportés autour de 120 dollars la tonne sur des flux de polypropylène liés à la zone, ce qui renchérit le coût du produit rendu à destination.

Les exportations de chimie de base sont aussi exposées, car le méthanol constitue le premier poste d’exportation chimique de l’Iran, à plus de 9 millions de tonnes en 2025 d’après l’ICIS Supply and Demand Database. Un blocage ou un fort ralentissement des expéditions maritimes ferait surtout sentir ses effets chez les importateurs de méthanol et les industries qui l’utilisent comme matière première.

Enfin, certaines chaînes plus spécifiques, comme la soude caustique, subissent l’effet transport, avec des coûts de fret en hausse dès lors que les routes sont redessinées et que l’énergie renchérit, ce qui pèse sur les prix finaux de nombreux procédés industriels.

À court terme, les tensions s’expliquent donc principalement par trois mécanismes : la contrainte logistique autour d’Ormuz, la volatilité des prix de l’énergie et la revalorisation du risque maritime. Elles se combinent pour tendre simultanément les secteurs de l’aluminium, de l’engrais et de la chimie.

Dans le même temps, les autorités européennes ont indiqué ne pas constater d’inquiétude immédiate sur l’approvisionnement en pétrole ou en gaz, tout en suivant la situation. Cette position laisse apparaître que les effets les plus rapides se font sentir sur les chaînes d’approvisionnement très dépendantes des flux maritimes et des intermédiaires chimiques.


https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/thematique/entreprises-et-marches/

Réagissez à cet article

Commentaire sans connexion

Pour déposer un commentaire en mode invité (sans créer de compte ou sans vous connecter), c’est ici.

Captcha

Connectez-vous

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.

Inscrivez vous aux newsletters !

Recevez chaque semaine les newsletters du Magazine d’Actualité.

Actualités et veille technologique

L'espace actualité c'est quoi ?

De la découverte en laboratoire à l'innovation industrielle, scrutez les tendances et prenez part aux grands débats scientifiques qui construisent le monde de demain.

Contacter la rédaction
Transport fluvial et maritime
Transport fluvial et maritime

Transport par voie d'eau : les réponses aux exigences environnementales et économiques

Obtenir

Livre blanc La souveraineté française et européenne au prisme des nouvelles technologies
7 Oct 2025
La souveraineté française et européenne au prisme des nouvelles...

La souveraineté technologique est cruciale dans un monde de plus en plus instable.

Livre blanc Emploi : quel impact réel de l'IA pour les ingénieurs ?
25 Sep 2025
Emploi : quel impact réel de l'IA pour les ingénieurs ?

L'IA bouleverse les missions des ingénieurs.

Inscrivez-vous gratuitement à la veille personnalisée !

S'inscrire
Veille personnalisée

Inscrivez-vous aux newsletters !

Recevez chaque semaine les newsletters du Magazine d’Actualité