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Confort thermique en été : le point faible de la rénovation énergétique

Confort thermique en été : le point faible de la rénovation énergétique

Posté le par Arnaud Moign dans Environnement

L’été 2026 a été marqué par des vagues de chaleur successives qui ont révélé, une fois de plus, nos faiblesses en matière de résilience climatique. En se basant sur les données de l’ADEME, la plateforme Argile.ai, spécialisée dans la donnée immobilière, a mis en exergue un paradoxe : de nombreux audits énergétiques recommanderaient des travaux qui surchauffent les habitations l’été !

Selon l’analyse de la plateforme Argile.ai, réalisée sur la base de 700 000 audits publiés par l’ADEME, près d’un tiers des rénovations réalisées en vue d’améliorer la performance énergétique seraient un frein au confort été. Et dans certains cas, les travaux recommandés par les audits énergétiques provoqueraient même un réchauffement intérieur dépassant les cinq degrés !

Ces chiffres ont de quoi surprendre, mais ils sont la conséquence de choix politiques. Ainsi, comme l’affirme le député Daniel Labaronne, l’actuel Diagnostic de performance énergétique (DPE) est « centré sur les performances hivernales ». En effet, si le DPE comporte bien un indicateur de confort été, celui-ci est malheureusement trop rudimentaire, car basé sur des critères descriptifs comme l’inertie du bâtiment, la présence de protections solaires, l’isolation de la toiture, la présence de brasseurs d’air, etc.

De plus, cet indicateur n’est pas contraignant. Il est purement informatif et n’influence pas la classe (entre A et G) du bâtiment. Aussi, avec les critères actuels, un logement classé A au DPE peut donc être invivable l’été, ce qui a surpris bon nombre de propriétaires, et poussé nombre d’entre eux à installer des systèmes de climatisation en urgence.

La nécessaire réforme du DPE

Pour répondre à ces lacunes du DPE, le Sénat a intégré, à la loi de relance du logement portée par le gouvernement en 2026, plusieurs dispositions destinées à accélérer les travaux d’adaptation de l’habitat aux vagues de chaleur.

En outre, le ministre du Logement a également reconnu, lors de la séance de questions au gouvernement du 15 juillet 2026[1], qu’une réforme de la partie confort d’été du DPE était nécessaire : « Nous devons prévoir une nouvelle indication, une nouvelle lettre, pour le confort d’été. Nous y travaillons actuellement, en vue de présenter, d’ici quelques mois, un DPE confort d’été informant nos concitoyens des performances du logement l’hiver comme l’été. »

Bien qu’aucune échéance n’ait été fixée au sujet de cette révision, le problème semble donc pris en compte sérieusement, la faiblesse du DPE actuel devenant un sujet politique. Par ailleurs, cette annonce du gouvernement ne vient pas de nulle part, puisque le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3) prévoit lui aussi de faire évoluer l’actuel indicateur de confort d’été du DPE en s’appuyant sur une méthode plus robuste, reposant sur des chiffres comme le temps passé au-dessus d’une température de confort. Enfin, le Plan prévoit également que l’indicateur soit aussi plus territorialisé.

Car, outre son aspect purement informatif, l’indicateur été actuel a le défaut majeur de ne pas prendre en compte la localisation géographique des logements, certaines régions du pays étant plus exposées que d’autres aux vagues de chaleur. Le nouvel indicateur devrait aussi considérer les données climatiques futures et les projections concernant les vagues de chaleur.

Quels travaux pour améliorer le confort été ?

L’amélioration du confort été d’un logement implique d’opter pour des gestes simples, comme la fermeture des volets le jour et l’ouverture des fenêtres la nuit et de faire les bons choix techniques en matière d’isolation (matériaux, type de pose, zones isolées).

Car de mauvais choix en matière de rénovation sont susceptibles d’aggraver considérablement le confort été de logements. Dans une interview pour La Tribune Dimanche, Pierre-Louis Guhur, le cofondateur d’Argile.ai, explique ainsi que « Les maisons en pierre avec des murs épais sur dalle nue, naturellement fraîches, sont celles qui ont le plus à perdre avec des travaux mal calibrés », le risque étant alors de transformer les passoires thermiques en bouilloires.

Dans un article pour BFM Business, il explique ainsi qu’il vaut mieux réfléchir à deux fois avant d’isoler la dalle d’un plancher bas, car cela coupe la maison de son seul « puits froid » gratuit, c’est-à-dire le sol.

Il note aussi les inconvénients de l’isolation par l’intérieur, qui protège du froid en hiver et garde la chaleur l’été. Selon lui, le problème n’est donc pas l’isolant en lui-même, mais le fait de le poser « du mauvais côté ». Il préconise ainsi l’isolation par l’extérieur, qui serait la seule méthode à permettre de gagner sur les deux tableaux.

Ne pas négliger le choix de l’isolant

En outre, le type d’isolant est aussi à prendre en considération, car, pour améliorer le confort d’été, il ne suffit pas de regarder la conductivité thermique de l’isolant (en W/m.K) ou sa résistance thermique (qui dépend de son épaisseur).

En effet, pour un confort été maximal, un isolant ne doit pas seulement freiner la chaleur. Il doit aussi être capable de la stocker, ce qui dépend de la densité du matériau, car plus un matériau est dense, plus il peut absorber de chaleur. Or, c’est une caractéristique plus marquée avec certaines laines de roche denses, mais aussi avec la plupart des isolants naturels, comme la fibre de bois ou la ouate de cellulose.

Un bon isolant « été » doit aussi pouvoir retarder l’arrivée de la chaleur vers l’intérieur, de manière à pouvoir l’évacuer la nuit : c’est ce qu’on appelle le déphasage. Ce déphasage est également un avantage des isolants naturels (souvent plus de 10h) par rapport à la laine de verre, au polyuréthane ou au polystyrène expansé, des matériaux qui ne retardent l’arrivée de la chaleur que de quelques heures seulement.

En revanche, s’ils sont pris indépendamment, ces facteurs ne peuvent garantir un confort d’été optimal, car d’autres éléments entrent en ligne de compte. Par exemple, un isolant avec un bon déphasage mais mal ventilé la nuit sera moins efficace. De même, une maison sans volets et sans protections solaires efficaces pourra perdre le bénéfice d’un déphasage important.


[1] Réponse du ministre du Logement Vincent Jeanbrun au député Daniel Labaronne


https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/thematique/environnement/

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