Malgré la multiplication des normes environnementales et des engagements climatiques, le secteur du bâtiment et de la construction émet toujours plus de CO₂. Une difficulté qui s'explique principalement par la nécessité de loger une population mondiale croissante et donc d'augmenter la surface du parc immobilier.
Le bâtiment et la construction génèrent entre 11 % et 13 % du PIB mondial et emploient près d’une personne sur dix dans le monde. Mais cette puissance économique s’accompagne d’un coût environnemental important puisqu’ils représentent plus d’un tiers des émissions mondiales de CO₂ et près de la moitié de l’extraction mondiale de matériaux. Un rapport publié par le Programme des Nations unies pour l’environnement révèle que dix ans après l’Accord de Paris, le secteur reste largement en retard sur ses objectifs climatiques.
En 2024, les émissions engendrées par l’usage des bâtiments, liées principalement au chauffage, à la climatisation, à l’électricité ou encore à la cuisson, ont atteint 9,9 gigatonnes de CO₂, soit une hausse de 6,5 % par rapport à 2015. Or, elles auraient dû baisser de 31,6 % sur la même période pour respecter une trajectoire compatible avec la neutralité carbone en 2050. Pour revenir dans les clous, les émissions devraient désormais chuter de 56 % d’ici 2030.
Cette dérive s’explique d’abord par l’explosion du parc immobilier mondial. La surface bâtie globale a progressé de 20 % depuis 2015, atteignant désormais 273 milliards de m2. Rien qu’en 2024, l’équivalent de plusieurs mégapoles supplémentaires a été construit à travers le monde. La croissance ralentit en Europe et en Chine, mais reste particulièrement soutenue en Inde et en Asie du Sud-Est.
Le bâtiment résidentiel constitue le principal moteur de cette expansion, représentant plus des trois quarts des surfaces mondiales et concentrant 70 % de la consommation énergétique du secteur. En parallèle, la crise mondiale du logement pousse de nombreux pays à accélérer la construction pour répondre à la demande, souvent sans intégrer suffisamment les impératifs climatiques.
Pour autant, les auteurs du rapport ne décrivent pas un échec total. Certains indicateurs montrent des progrès réels, à l’image de l’intensité énergétique des bâtiments, c’est-à-dire la consommation d’énergie par mètre carré, qui a diminué de 8,5 % depuis 2015. Quant à la part des énergies renouvelables dans l’alimentation énergétique des bâtiments, elle progresse de 4,7 points depuis cette date. Les certifications environnementales connaissent aussi une forte croissance puisque leur nombre a presque triplé en moins de dix ans.
Les matériaux, nouvel enjeu de la décarbonation
Mais ces avancées restent insuffisantes face à la vitesse de croissance du secteur. Les combustibles fossiles continuent de dominer les usages du chauffage et de la cuisson dans de nombreux pays. Les rénovations énergétiques des bâtiments existants avancent trop lentement et les politiques publiques peinent à imposer des transformations structurelles.
Le rapport insiste sur les émissions dites « incorporées », liées aux matériaux de construction eux-mêmes, qui n’ont quasiment pas diminué depuis 2015. Le ciment, l’acier et l’aluminium utilisés dans les bâtiments représentent à eux seuls environ 9 % des émissions mondiales de CO₂. Les auteurs appellent donc à transformer en profondeur la chaîne de valeur de la construction en favorisant le réemploi et la circularité et en utilisant des matériaux biosourcés comme le bois ou le bambou.
Quelques pays commencent à durcir leurs réglementations, par exemple l’Union européenne qui impose une déclaration du potentiel de réchauffement climatique sur l’ensemble du cycle de vie des bâtiments depuis l’an dernier. La France a en parallèle abaissé ses seuils maximaux d’émissions autorisées pour les logements neufs.
Au-delà des normes techniques, le rapport pointe surtout un déficit de stratégie politique globale. En 2024, seuls vingt pays avaient intégré une stratégie détaillée sur le bâtiment dans leurs contributions climatiques nationales. Et au début de l’année 2026, aucun État n’avait encore présenté de plan renforcé dans le cadre de la nouvelle génération d’engagements climatiques.
Les investissements restent eux aussi largement insuffisants. Les dépenses mondiales consacrées à l’efficacité énergétique des bâtiments ont atteint 275 milliards de dollars en 2024, en hausse de 38 % par rapport à 2015. Mais selon les auteurs, 3 600 milliards de dollars supplémentaires seront nécessaires d’ici 2030 pour aligner le secteur sur une trajectoire compatible avec la neutralité carbone. Toute la difficulté réside dans la nécessité de construire davantage, tout en émettant beaucoup moins.






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