Pour faire face à l’afflux massif de produits chinois, le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, affirme que l’Europe doit adopter une stratégie de protection de son marché intérieur, sans pour autant basculer dans un protectionnisme généralisé. Mais est-il vraiment possible de protéger sans faire de protectionnisme ?
Le protectionnisme vise à favoriser les entreprises et travailleurs nationaux par la mise en place de normes spécifiques, de quotas d’importation ou de droits de douane. Mais cette stratégie n’est pas sans danger pour les pays qui l’adoptent, car elle peut pénaliser les consommateurs, l’investissement et l’innovation.
À l’inverse, le libre-échange permet d’augmenter les débouchés internationaux et bénéficie au consommateur. Néanmoins, cette doctrine a aussi des inconvénients : elle peut favoriser la concurrence déloyale (dumping) et provoquer des déséquilibres commerciaux.
Or, c’est exactement ce qu’il se passe dans le cas de la Chine. Lors de sa visite officielle à Pékin, jeudi 4 décembre, Emmanuel Macron mettait ainsi en garde : « Le déficit du reste du monde vis-à-vis de la Chine est en train de devenir insoutenable. »
Ce déséquilibre économique menace en effet la stabilité du système commercial mondial et provoque des tensions géopolitiques, tandis que la stratégie américaine protectionniste, visant à imposer des droits de douane massifs pour se protéger, ne fait qu’aggraver ces tensions.
Mais si le protectionnisme « pur et dur » n’est pas une solution souhaitable, peut-être est-il temps de trouver des solutions intermédiaires !
Protéger sans protectionnisme généralisé
Selon le ministre de l’Industrie, « les institutions européennes doivent passer d’une logique de gestion d’un marché intérieur à une véritable protection de celui-ci ». En revanche, il suggère à l’UE de « protéger quelques secteurs stratégiques, et non de basculer dans un protectionnisme généralisé, comme le fait Donald Trump ».
On pourrait donc qualifier cela de protectionnisme partiel, ce serait en quelque sorte une protection proportionnée, une idée qui n’est d’ailleurs pas nouvelle, puisqu’elle était déjà avancée dans une tribune de l’Institut Jacques Delors, en 2017, sobrement intitulée « Protéger sans protectionnisme ? »
Concrètement, cela impliquerait de renforcer « les moyens consacrés à l’analyse des pratiques de concurrence déloyale et au traitement de dossiers antidumping », selon le ministre, mais aussi d’affirmer plus clairement la préférence européenne pour un large éventail de secteurs.
Cette préférence européenne, dont Emmanuel Macron a rappelé la nécessité lors de son discours à Davos pour résister à la « loi du plus fort », fera d’ailleurs partie d’un texte majeur pour l’industrie : l’Industrial Accelerator Act, qui est actuellement en préparation par la Commission européenne.
Néanmoins, le projet de loi sur l’accélération industrielle tarde à se concrétiser. Initialement prévue en décembre, sa présentation avait été repoussée au 29 janvier et de nouveau reportée au 25 février 2026 à cause de désaccords entre États membres, notamment autour de la filière automobile.
Les trois principaux équipementiers automobiles français (Valeo, Forvia et Opmobility) souhaiteraient, par exemple, que ce texte impose au moins 75 % de contenu local pour les véhicules produits en Europe. Or, l’Allemagne combat une telle mesure, susceptible d’alourdir les coûts d’approvisionnement des constructeurs.
Compte tenu des difficultés à s’entendre filière par filière, il est donc clair que l’Europe ne basculera pas dans un protectionnisme outrancier et généralisé. L’Europe tient fermement au libre-échange et l’accord historique qui vient d’être signé entre l’UE et l’Inde en est probablement la meilleure preuve.









Réagissez à cet article
Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.
Inscrivez-vous !
Vous n'avez pas encore de compte ?
CRÉER UN COMPTE