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Projet d’OS souverain : une fausse bonne idée

Posté le par La rédaction dans Informatique et Numérique

Face à l’hégémonie des éditeurs américains, des députés proposent le développement d’un système d’exploitation « souverain ».

Des Gaulois veulent résister à l’empire américain ! Quelques députés ont déposé le 13 janvier un amendement N°CL116 au projet de loi pour une République numérique pour proposer la création d’un OS souverain à l’usage de tous et un autre (N°CL129 )  pour la mise en place d’un commissariat à la souveraineté numérique.

Pour ces députés, cet OS national sera l’outil clé de « la souveraineté sur les services, systèmes et réseaux numériques » et « le socle de l’écosystème numérique national et sera pleinement efficace en étant étendu et partagé au niveau européen ». Derrière ces objectifs, il y a la volonté de protéger les données stockées et échangées sur les ordinateurs. En clair, réduire l’espionnage nord-américain en particulier puisque les principaux éditeurs sont Microsoft, Apple, Google…

Mais faut-il pour autant créer un OS souverain ? Une question qui revient régulièrement à la surface. En mai 2014, le ministre de l’Économie, du redressement productif et du numérique, Arnaud Montebourg, avait déjà proposé cette idée. En 2010, Stéphane Richard, patron d’Orange, avait invité à Paris les patrons de Vodafone, Telefonica et Deutsche Telekom pour « réfléchir en commun à la création d’un système d’exploitation, qui est le cheval de Troie utilisé par les Google et autre Apple pour établir leur propre relation avec nos clients ».

Il y a 35 ans, l’État avait même lancé le LSE (Langage Symbolique d’Enseignement) destiné à l’Éducation Nationale de développer. Un fiasco complet : epi.asso.fr

Tous ne semblent pas connaître le monde libre, car il existe en effet des systèmes d’exploitation qui pourraient être considérés comme « souverain ». Plutôt que de créer un nouvel OS, il pourrait être judicieux de s’appuyer sur une solution qui a fait ses preuves comme la distribution française GNU/Linux Mageia. Développée depuis des années par toute une communauté, ce fork de Mandriva (qui avait d’ailleurs répondu à un appel d’offres de la Gendarmerie, mais cette dernière avait retenu Ubuntu…) est reconnu pour sa stabilité.

Les députés qui ont déposé cet amendement auraient pu aussi citer CLIP (Certifiable Linux Integration Platform), un système d’exploitation dit ultrasécurisé. Basé sur Linux, il a été développé par l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) pour les besoins de l’administration et plus récemment auprès d’industriels. Développé depuis 2005, ce système « intègre un ensemble de mécanismes de sécurité qui lui confèrent un très haut niveau de résistance aux codes malveillants et qui lui permettent d’assurer la protection d’informations sensibles », explique l’agence. Et d’ajouter qu’il fournit des « mécanismes de cloisonnement qui rendent possible le traitement simultané, sur le même poste informatique, d’informations publiques d’une part et sensibles d’autre part, au sein de deux environnements logiciels totalement isolés, dans l’objectif d’éliminer les risques de fuite des informations sensibles sur le réseau public. »

Reste la principale question : les Français et les entreprises vont-ils utiliser cet OS souverain ? «En Corée du Nord, citée plus haut, pas de problème, il suffit qu’on leur demande gentiment et tous les citoyens le font. Mais en France ? Il faudrait convaincre les citoyens », explique Stéphane Bortzmeyer, ingénieur R&D à l’Association française pour le nommage Internet en coopération.

Quelle que soit la décision de l’État français, il faut espérer que cet OS souverain ne coûtera pas aussi cher au contribuable que les deux plates-formes de Cloud souverain. (Cloudwatt et Numergy ont englouti 156 millions d’euros d’investissements en trois ans et cumulé 108 millions de pertes…

Par Philippe Richard

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