Le chercheur français Yann LeCun, figure de l’intelligence artificielle (IA), a défendu mercredi la volonté des gouvernements d’assurer leur souveraineté dans ce secteur technologique, quelques jours après une décision américaine suspendant l’accès à des outils de la société Anthropic aux utilisateurs étrangers.
« J’ai eu des échanges avec plusieurs gouvernements à travers le monde. Ils veulent tous assurer leur souveraineté en matière d’IA, et je pense qu’ils ont raison », a-t-il lancé sur la scène principale du salon VivaTech à Paris, devant un parterre d’entrepreneurs de la tech.
« C’est très important car, d’ici peu, l’ensemble de notre consommation d’informations passera par des assistants IA », a poursuivi l’ancien directeur scientifique de l’intelligence artificielle chez le géant américain Meta (Facebook, Instagram).
Selon lui, avoir accès à « une grande diversité d’assistants IA » pour disposer « de multiples sources d’informations » est aussi important que la pluralité des médias.
« La seul façon d’y arriver serait avec un modèle de base ouvert et libre, sur lequel chacun pourrait créer son propre assistant spécialisé, adapté à sa ou ses langues, à sa culture, à son système de valeurs, à ses opinions politiques et à ses centres d’intérêt », a-t-il insisté, en faisant référence au projet Tapestry.
Cette initiative, qu’il a lancée en avril avec la coalition AI Alliance, vise à développer une IA ouverte et souveraine.
La question de la sécurisation et de la souveraineté de l’IA s’est placée au coeur des préoccupations européennes après que l’administration Trump a ordonné la semaine dernière à la start-up américaine d’IA Anthropic de suspendre à « tout ressortissant étranger » l’accès à ses deux modèles les plus puissants, Claude Fable 5 et Mythos 5, invoquant la « sécurité nationale ».
Le scientifique français a par ailleurs critiqué la décision d’Anthropic de ne déployer son modèle Mythos, utilisé pour identifier les failles de cybersécurité, qu’auprès d’une sélection d’entreprises par mesure de sécurité.
« Il y a une grande arrogance et un complexe de supériorité dans l’idée que seuls quelques-uns sont capables de contrôler l’IA et que les masses ignorantes ne devraient pas y avoir accès », a-t-il dénoncé.
Selon lui, l’utilisation des outils d’IA « comporte des risques, et il faut les atténuer », mais limiter leur recours à certains « n’est rien d’autre que du contrôle ».
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