Comment réduire le déficit commercial abyssal de l’UE vis-à-vis de la Chine sans sombrer dans une guerre économique? Les dirigeants européens débattent de la meilleure posture à adopter face à la déferlante chinoise, qui menace d’emporter des industries entières et des millions d’emplois sur le Vieux Continent.
Les possibilités de muscler l’arsenal européen pour contrer la domination écrasante de Pékin dans certains secteurs, figuraient au menu d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, jeudi et vendredi à Bruxelles.
Parmi les pistes évoquées, la France a proposé que l’UE s’inspire du régime américain dit « Section 301 », qui permet de surtaxer de manière ciblée et beaucoup plus souple les produits de pays accusés de pratiques déloyales.
« Nous devons assumer des mesures de défense (…), l’équivalent d’une section 301 à l’européenne », avait plaidé en mai le président français Emmanuel Macron, affirmant que les Européens avaient le droit de réagir « quand notre souveraineté est en jeu ».
Une idée qui séduit de plus en plus au sein de l’UE, y compris en Allemagne, traditionnellement prudente pour ne pas compromettre ses exportations vers la Chine.
A son arrivée à Bruxelles, le chancelier allemand Friedrich Merz s’est félicité des discussions au G7 sur les déséquilibres des échanges mondiaux, mais en se gardant bien de citer spécifiquement la Chine, ni de dire s’il était favorable à de nouveaux outils pour protéger le marché européen.
« Nous sommes fondamentalement ouverts à cette idée, mais c’est important que les mesures qui pourraient être conçues ne ciblent pas un pays en particulier », a expliqué auparavant une source au sein du gouvernement allemand.
« Il y a une convergence avec l’Allemagne », se réjouit-on en tout cas côté français.
« Nous avons absolument besoin d’une plus grande coordination entre Européens dans notre action visà-vis de la Chine pour protéger l’économie européenne », a également affirmé le premier ministre néerlandais, Rob Jetten.
– Gouffre béant –
Car la liste des griefs des Européens envers la Chine « est longue », a rappelé lundi la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas : « subventions faussant la concurrence, déséquilibres commerciaux grandissants et un quasi-monopole sur les matières premières critiques ».
« Réduire les dépendances à la Chine ne sera ni facile ni bon marché, mais c’est nécessaire et urgent », a-t-elle insisté.
En tête des préoccupations, le déficit commercial de l’Union européenne vis-à-vis de l’Empire du Milieu, qui dépasse désormais un milliard d’euros par jour, selon les données d’Eurostat.
Un gouffre béant que Bruxelles attribue en partie à d’énormes capacités de production excédentaires des entreprises chinoises, financées par d’importantes subventions.
Les Européens dénoncent de plus en plus fortement cette concurrence déloyale, qui menace de balayer des pans entiers de leur industrie (automobile, chimie, acier…).
Pékin se défend de se livrer à telles pratiques, mais une enquête de l’OCDE publiée en juin a donné du grain à moudre aux Européens.
« De 2004 à 2025, les entreprises chinoises ont reçu en moyenne 3 à 8 fois plus de soutien public que leurs homologues basées dans l’OCDE, selon une estimation conservatrice », souligne cette étude, selon laquelle près de 60% des gains de parts de marché des groupes chinois sont dus à ces subventions.
Mais l’Europe n’a pas les moyens de se lancer dans une guerre commerciale ouverte, dont tout le monde ressortirait perdant, vu les liens économiques très étroits entre les 27 et la Chine.
« Découpler nos économies n’est ni souhaitable ni réaliste », a souligné jeudi le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, devant les eurodéputés à Strasbourg, assurant que le but était de « rééquilibrer nos échanges » et rétablir « des règles du jeu équitables ».
– Risque de représailles –
« Nous devons être prêts à en faire davantage », souligne un diplomate européen. Et ce, même si l’UE risque inévitablement des représailles.
Après l’imposition par Bruxelles de surtaxes sur les voitures électriques chinoises, Pékin avait répliqué en pénalisant le cognac, la filière porcine et les produits laitiers européens.
« L’Europe doit calibrer ses actions vis-à-vis de la Chine », et « nous devons être prudents et réfléchir aux conséquences de toute action qui pourrait être entreprise », a mis en garde le premier ministre irlandais, Micheal Martin.
L’Espagne, pour sa part, joue une partition plus favorable à Pékin, se démarquant du consensus ambiant.
« Nous avons besoin d’amis. Nous avons besoin d’être pragmatiques et nous avons besoin de bâtir des ponts, aussi bien avec de grandes économies, des alliés potentiels comme la Chine, qu’avec les alliés traditionnels comme les États-Unis », a souligné le Premier ministre Pedro Sanchez à son arrivée dans la capitale belge.
« Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2026 Agence France-Presse. »






Réagissez à cet article
Connectez-vous
Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.
Vous n'avez pas encore de compte ?
Inscrivez-vous !