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Au coeur des Appalaches, les vieux moulins alimentent les rêves américains d’une nourriture saine

Posté le par AFP

Dans un pays plutôt connu pour ses grandes fermes industrielles, son pain à la conservation étonnamment longue et ses céréales amidonnées, Chuck Childers se lève avant l’aube pour faire tourner l’un des plus anciens moulins à grain encore en activité aux Etats-Unis.

Le Vieux Moulin a été bâti en 1830, dans l’est du Tennessee (sud), sur les bords de la Little Pigeon River, pour moudre le maïs à l’aide d’une pierre en granit de plus de 900 kilos.

Près de 200 ans plus tard, Chuck Childers continue de le faire fonctionner au coeur des Appalaches, chaîne de montagnes qui s’étend sur toute la côte est du pays.

Plus qu’une question d’héritage ou de tradition, l’homme de 68 ans veut croire que les vieilles méthodes vont revenir en grâce pour offrir une alimentation plus saine et à plus petite échelle à travers les Etats-Unis.

« Il y a eu un regain » d’intérêt pour la « nourriture saine », affirme-t-il.

Le meunier estime que les gens sont désormais en quête « d’aliments complets, comme on les préparait autrefois: les plats que leurs grands-mères ou leurs arrière-grands-mères faisaient ».

Le maïs qu’il utilise est cultivé dans le Tennessee, jamais modifié génétiquement, et aucun produit chimique ou additif n’est ajouté à la semoule de maïs ou à la polenta qu’il produit.

– Traditionnel contre industriel –

Les meuniers comme Chuck Childers soutiennent que les moulins traditionnels permettent de produire des aliments plus sains.

A l’inverse, durant le processus industriel, « une grande partie des fibres est éliminée », explique Danielle Nierenberg, présidente de l’association Food Tank, qui cherche à bâtir un système alimentaire durable et équitable.

Dans cet objectif, « revitaliser » les moulins traditionnels, alors que des milliers étaient autrefois en activité dans les Appalaches, est essentiel pour elle.

Mais ces lieux ont fermé successivement depuis des décennies, incapables de tenir la cadence face aux géants industriels qui ont cent fois leur rendement.

Aujourd’hui meunier à la retraite, John Lovett estime que moins de 100 moulins traditionnels sont encore en activité dans le pays.

– Pauvreté et mauvaise santé –

Mais augmenter leur nombre en amenant la population à manger plus sainement – particulièrement dans le Tennessee où beaucoup vivent dans des conditions de précarité et ont un accès limité à des produits frais – est un combat difficile.

Et même si une minorité milite activement pour cela, « je pense qu’une large majorité n’est pas concernée », estime John Lovett.

Si le souhait de se passer des produits industriels est présent, les alternatives plus saines coûtent cher.

Après avoir bâti son propre moulin dans la petite ville de Dandridge, Clive Valentine voit pourtant de l’espoir.

D’après lui, la pandémie de Covid-19 « a ouvert les yeux des gens sur ce qu’ils mettent dans leurs corps ».

Il y a quelques années, une vingtaine de personnes passaient par son moulin chaque week-end. Elles sont aujourd’hui dix fois plus.

« Les gens veulent de la nourriture saine, bio, sans OGM », affirme-t-il.

– Une Amérique rurale « touchée » –

A Sevierville, berceau de la star de la country récemment décédée Dolly Parton, le chef Derek Green s’est donné pour mission de promouvoir le mouvement « de la ferme à la table ».

« Si je sais ce qui nourrit ma viande, mes légumes, tout, ça donnera un meilleur produit », assure-t-il depuis son restaurant, The Appalachian.

Derek Green reconnaît que les aliments biologiques et les céréales moulues de manière traditionnelle sont trop chères pour de nombreux Américains, mais il affirme que le mouvement « donne l’impression d’être très concret en ce moment ».

De son côté, Danielle Nierenberg milite pour qu’une partie des subventions versées par le gouvernement américain aux industries agro-alimentaires aillent aux moulins traditionnels.

« L’Amérique rurale est durement touchée par tout. Des agriculteurs font faillite tous les jours », rappelle-t-elle.

Mais elle voit aussi une opportunité pour ceux qui proposent des produits plus sains: « S’ils les cultivent », et les transforment, « les gens les achèteront ».

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