La souveraineté européenne en intelligence artificielle (IA) ne peut pas reposer sur la seule start-up française Mistral, a prévenu mercredi le ministre de l’Economie Roland Lescure, refusant de dire si le champion tricolore devait rester un développeur de modèles de pointe face à la Chine et aux Etats-Unis.
« Si l’IA européenne se résume à Mistral, alors nous sommes fichus », a déclaré le ministre à des journalistes à San Francisco.
« On ne peut pas mettre tous nos oeufs dans le même panier: c’est tout un écosystème qu’il faut développer », a-t-il défendu, en marge de son déplacement dans la Silicon Valley, pour rencontrer des investisseurs et des sociétés d’IA comme OpenAI ou Stripe.
Interrogé par l’AFP sur l’hypothèse que Mistral délaisse le développement de modèles de pointe pour devenir avant tout un fournisseur d’infrastructure de calcul, M. Lescure a refusé de se prononcer: « Est-ce qu’ils seront plus sur le développement de modèles fondamentaux, ou une entreprise de services très efficace et rentable, on verra. »
Leur a-t-il recommandé la première option? « Les entreprises font comme elles peuvent et comme elles veulent », a-t-il répondu, tout en saluant « une entreprise dont on peut être fiers ».
« Les modèles de pointe américains sont en avance, mais les modèles chinois ne sont pas loin derrière, et il se passe des choses en Europe qui pourraient aussi conduire à des développements », a résumé le ministre.
Mistral est souvent décrite comme la seule entreprise européenne à publier des modèles de première catégorie, en retrait toutefois des performances de ses concurrents chinois et américains.
En juin, la Commission européenne a confié à un consortium italo-allemand, sans Mistral, le soin de développer un modèle de pointe européen sur les supercalculateurs publics de l’UE.
Valorisée près de 12 milliards d’euros, Mistral, dont l’Etat est actionnaire indirect via Bpifrance, a multiplié cette année les investissements d’infrastructure, avec un premier centre de données en France et un accord commercial avec Microsoft, tout en continuant à publier ses propres modèles.
Le 18 août, le ministre du Budget David Amiel avait annoncé que l’Etat s’appuierait sur des fournisseurs d’IA « souverains » comme Mistral, en excluant l’américain OpenAI, après la cyberattaque contre l’administration fiscale.
Bercy a confirmé mercredi le renforcement d’un partenariat de l’Etat, non exclusif, avec Mistral, avec de nouvelles expérimentations dans les ministères, notamment en cybersécurité.
Interrogé sur le risque que l’administration Trump fasse du chantage aux Européens en leur coupant l’accès aux meilleurs modèles, M. Lescure a répondu d' »un seul mot: imprévisibilité ».
En juin, Washington avait contraint à Anthropic, créateur de Claude, à couper pendant deux semaines l’accès de tout ressortissant étranger à ses modèles les plus puissants. L’intervention avait provoqué un concert renouvelé de voix européennes s’inquiétant de la dépendance technologique du Vieux-Continent.
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