La Turquie espère débloquer la livraison de moteurs américains pour son avion de chasse avec Donald Trump, lors du sommet de l’Otan à Ankara, mais sans doute pas le différend sur les F-35 qui ternit les relations avec Washington.
Le sommet, accueilli mardi et mercredi par le président Recep Tayyip Erdogan, réunira les dirigeants des 32 Etats membres de l’Alliance atlantique.
Le 25 juin, le président américain a promis des « surprises » qui rendraient M. Erdogan « très heureux », en réponse aux questions sur la livraison de moteurs pour le chasseur turc F110 et le retour au programme du chasseur américain F-35.
Selon des analystes, ces « surprises » pourraient lever les blocages qui entravent la livraison des moteurs au projet turc de chasseur furtif KAAN.
« C’est probablement un feu vert aux 40 moteurs F110 de GE (General Electrics, ndlr) destinés à l’avion de combat KAAN » indique à l’AFP Sinan Ulgen, directeur du groupe de réflexion turc Edam. « La Turquie a produit quelques prototypes qui volent avec le moteur F110, mais elle attend la livraison de moteurs supplémentaires pour en augmenter le nombre ».
Le KAAN est un chasseur bimoteur développé par Turkish Aerospace Industries (TAI) pour remplacer les F-16 vieillissants: Ankara cherche à rejoindre le club très fermé des pays produisant des avions de combat de cinquième génération, notamment les Etats-Unis, la Chine et la Russie.
La Turquie entend produire son propre moteur localement – les F110 ne disposant pas de capacités furtives – mais ce projet n’en est encore qu’à la phase de conception, disait le ministre de la Défense Yasar Guler en septembre.
Son pays venait de recevoir un premier lot de dix F110 et les discussions se poursuivaient pour 80 autres, ajoutait-il.
– Recentrage sur des systèmes nationaux –
Mais le processus est bloqué par le Congrès américain depuis l’acquisition par la Turquie, en 2017, du système russe de défense antimissile S-400, a expliqué le chef de la diplomatie turque Hakan Fidan.
En retour, Washington a exclu en 2019 la Turquie du programme de chasseurs F-35 et imposé des sanctions au titre du CAATSA (une loi du Congrès), l’année suivante. Ces entraves aux projets de défense turcs ont endommagé les relations bilatérales.
« La question du CAATSA doit être résolue. Les Etats-Unis doivent prendre des mesures concernant le F-35 et les moteurs pour le KAAN. Les moteurs du KAAN sont actuellement en attente d’approbation au Congrès américain », a rappelé M. Fidan.
Ces propos ont irrité en Turquie, qui avait affirmé que le KAAN serait entièrement produit sur le territoire national.
L’exclusion d’Ankara du programme F-35 l’a contrainte à tenter l’autosuffisance.
« Certains soutiennent désormais que nous ne devrions pas acheter de F-35 et investir plutôt cet argent dans notre propre programme de chasseur de cinquième génération », relève Ozgur Unluhisarcikli, directeur du German Marshall Fund à Ankara, évoquant les pressions de l’industrie de défense locale en ce sens.
– Blocages du Congrès –
Avec une date de livraison du KAAN encore très aléatoire et lointaine, seule l’Indonésie a passé commande pour l’achat de 48 avions, d’un montant de 10 milliards de dollars.
Mais le sommet de l’Otan pourrait susciter un regain d’intérêt pour cet appareil, estime M. Ulgen. Surtout « après l’échec du projet SCAF d’avion de combat franco-allemand ».
« L’Espagne pourrait potentiellement devenir partenaire et le Golfe montrer son intérêt… Mais il reste encore de nombreux obstacles à surmonter pour que cela devienne une offre crédible sur la scène internationale », convient-il.
Quant au F-35, nul ne prédit de grandes avancées. Pour que le Congrès lève les sanctions du CAATSA, Ankara devra d’abord se débarrasser du S-400 – or le vendre à un pays tiers nécessiterait l’approbation de Moscou et le renvoyer aux Russes n’est pas envisagé.
« L’administration américaine pourrait souhaiter tourner la page et vendre quelques F-35 à la Turquie. Mais la question sera soumise au Congrès et il ne sera pas facile de le contourner », prévient le Pr Mustafa Aydin, spécialiste des relations internationales à l’université Kadir Has d’Istanbul.
Matthew Bryza, ancien diplomate américain, est pourtant plus optimiste. Selon lui, « le président Trump peut déclarer que le différend S-400/F-35 est terminé. Les sanctions prévues par le CAATSA nécessitent une action du Congrès : qu’il parvienne ou non à le convaincre d’agir dépendra de la quantité de capital politique qu’il est prêt à investir », explique-t-il à l’AFP.
Or il s’agirait d’une initiative « politiquement coûteuse à l’approche des élections de mi-mandat » en raison des adversaires de la Turquie au sein des diasporas grecque et arménienne.
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