Le Giec, qui a échoué la semaine dernière à se mettre d’accord sur la date de publication de son prochain grand rapport, se réunira de nouveau « dès que possible », a annoncé son président lundi dans un communiqué.
« Le Giec joue un rôle essentiel pour éclairer les décisions des États et donner toute sa portée à l’accord de Paris » visant à limiter le réchauffement climatique, a rappelé lundi la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, dans un communiqué. « Retarder la publication de ses travaux, c’est risquer de priver la communauté internationale des connaissances dont elle a besoin pour agir. »
Les experts du Giec, qui travaillent sous l’égide de l’ONU, publient des rapports d’évaluation tous les cinq à sept ans, servant d’état des lieux de référence de la science climatique. Ils préparent actuellement une septième mouture, mais le calendrier de publication de ce prochain rapport divise profondément les pays.
Certains souhaitent que le prochain rapport du Giec soit publié d’ici à 2028 afin d’informer la COP33, qui doit produire le crucial deuxième « bilan mondial » des efforts climatiques réalisés depuis l’accord de Paris. Leur argument: que les décideurs politiques disposent des meilleures informations scientifiques pour prendre des mesures ambitieuses.
Mais d’autres pays comme l’Inde, l’Arabie saoudite ou la Chine préfèrent que le rapport soit publié en 2029, faisant valoir le besoin de prendre le temps d’intégrer de nouvelles données scientifiques et des travaux de chercheurs issus de pays en développement.
Le sixième rapport d’évaluation (AR6) a été publié en 2021 et le sujet était inscrit à l’ordre du jour d’une séance plénière tenue la semaine dernière à Addis-Abeba en Éthiopie.
Le président du Giec, Jim Skea, a indiqué dans son communiqué que la majeure partie de l’ordre du jour avait été traitée, incluant un accord sur un nouveau processus visant à garantir une utilisation appropriée de l’intelligence artificielle.
Toutefois, a-t-il ajouté « nous ne sommes pas encore parvenus à un consensus sur deux points importants : le calendrier des contributions des trois groupes de travail au septième rapport d’évaluation (AR7) et le budget du GIEC nécessaire à nos travaux ».
« Je convoquerai de nouveau cette session plénière dès que possible, afin que le groupe puisse mener ses travaux à leur terme », a-t-il annoncé.
« L’absence de consensus, non seulement sur le calendrier, mais aussi sur les mesures d’inclusivité proposées et sur le budget (…) constitue un signal plus qu’alarmant », a jugé le ministère français dans un communiqué, soulignant que « la science ne doit pas être la variable d’ajustement des négociations climatiques ».
M. Skea a aussi précisé qu’en raison du dépassement du programme prévu lors de la réunion d’Addis-Abeba, de nombreux pays – notamment des nations plus petites et particulièrement vulnérables au dérèglement climatique – avaient dû quitter les lieux. Or, selon lui, une participation complète est indispensable pour garantir que les évaluations climatiques mondiales soient « robustes, représentatives et adaptées aux besoins de tous les pays ».
Les évaluations du GIEC mobilisent des milliers de scientifiques qui travaillent bénévolement à l’élaboration de rapports fleuves.
Dans une lettre ouverte, 117 scientifiques participant aux travaux du septième rapport d’évaluation ont estimé que face à « l’urgence de la crise climatique (…) une évaluation publiée après les décisions qu’elle est censée éclairer ne peut remplir sa fonction ».
Le deuxième « bilan mondial » prévu en 2028 « constitue une étape décisionnelle cruciale ; le monde ne devrait pas avoir à l’aborder sans disposer de la dernière évaluation du Giec », ont-ils insisté.
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