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Dans un fief industriel américain, « les gens lambda ne s’en sortent pas »

Posté le par AFP

Au pied d’anciens hauts fourneaux gagnés par la rouille, des travailleurs américains s’offrent une sortie en famille. Parmi eux, des électeurs de Donald Trump « un peu déçus », mais pas près de renier leur vote.

A Bethlehem (Pennsylvanie, est des États-Unis), la grande aciérie s’est tue à la fin des années 1990.

La friche industrielle, en partie reconvertie, accueille une Oktoberfest : quelques participants en costume bavarois, de grands bocks de bière, un écran qui diffuse un match de football américain.

Casquette et veste à motif camouflage, Nev Hamm vivait « juste à côté de l’usine quand elle tournait encore ».

« Ça marchait bien mais tout a été bradé pour produire moins cher ailleurs, ça nous a affaiblis », regrette le couvreur en bâtiment de 62 ans, sûr d’assister à un « retour de l’industrie » grâce aux politiques protectionnistes de Donald Trump.

Certes les prix sont élevés, mais « ça s’améliorera dès qu’on en aura fini avec la guerre en Iran », assure-t-il.

Bethlehem est au coeur de la Lehigh Valley, un ancien bastion de l’industrie lourde.

Les ouvriers travaillent désormais dans la logistique, l’agroalimentaire (notamment la fabrication de nourriture pour chiens) et bientôt l’industrie pharmaceutique avec l’implantation attendue d’une usine de médicaments pour la perte de poids.

Beth Piniella, 40 ans, trouve que sa famille s’en sort correctement.

Elle se considère « plutôt bien payée » pour faire le ménage dans l’entrepôt d’un distributeur d’emballages et de fournitures pour entreprises.

« Y a du bon et du moins bon » dans le bilan de Donald Trump, pour qui elle a voté, estime-t-elle auprès de l’AFP. A côté, son mari Brian glisse qu’il est tout de même « un peu déçu » : « Je pensais que les prix baisseraient. »

– « Coincé » –

Le district est l’un de ceux qui peuvent faire basculer la Chambre des représentants dans l’opposition à l’issue des élections du 3 novembre.

Le député sortant, le républicain Ryan Mackenzie, l’avait emporté d’une courte majorité en 2024.

Son rival démocrate, Bob Brooks, est un ancien pompier, nouveau venu en politique, qui se présente comme un porte-parole de la classe ouvrière.

Henry Martin, lui, envisage de snober les urnes, fâché avec les deux partis qui se disputent le pouvoir aux États-Unis.

« Ils mènent la grande vie (…) et les gens lambda comme moi ne s’en sortent pas », juge le trentenaire, responsable d’entrepôt.

Il se sent « coincé » entre son « loyer exorbitant » et les prix de vente « totalement dingues » des maisons.

A quelques kilomètres de là, en périphérie d’Allentown, un grand panneau appelle les automobilistes à voter Bob Brooks.

Ramona Chery travaille dans le magasin de vente de pneus situé juste en dessous.

Selon elle, l’importante communauté latino-américaine de la ville, en partie séduite par Donald Trump en 2024, est secouée par sa politique migratoire répressive et par l’inflation.

« Il y a plus de pauvreté qu’avant », constate-t-elle.

– « Marre » –

Le bureau de Mike Shupp donne sur le boulevard Mack, à Allentown.

Le président de la section locale du syndicat automobile UAW explique que l’axe routier était auparavant parsemé de sites du constructeur du même nom – qui fabrique des camions massifs typiquement américains.

« Je rêve d’un rebond industriel, mais je ne le vois pas venir », soupire le syndicaliste, qui craint que l’entreprise continue de réduire la production locale au profit du Mexique.

A une vingtaine de minutes de route, la dernière usine Mack Trucks de la région emploie 2.800 personnes.

Invoquant notamment l’impact des droits de douane de Donald Trump, elle a annoncé jusqu’à 350 licenciements en avril 2025.

Environ 170 salariés ont finalement été renvoyés, avant d’être rappelés quand la conjoncture s’est améliorée. Le président américain s’est rendu sur place en juin dernier pour y vanter ses politiques.

« Ça ne m’intéressait pas d’y être », dit Shawn Smith, un technicien qui apporte les touches finales aux poids lourds, également responsable syndical et soutien du candidat démocrate dans le district.

A l’usine, dit-il, « on évite de parler politique parce que ça virerait immédiatement en dispute ». Le quinquagénaire pense néanmoins que « suffisamment d’indépendants et de républicains en ont marre et vont voter pour un changement ».

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