Des milliers de données issues de satellites, drones, radars ou unités au sol, croisées en quelques secondes pour aider les militaires à décider: le français Thales a présenté jeudi un logiciel de commandement destiné aux forces de l’Otan, face au système de l’américain Palantir déjà choisi par l’Alliance.
Baptisé HexaForce en référence à six domaines de la guerre dont il agrège les données – terre, mer, air, espace, cyber et guerre électronique – et dopé à l’IA, ce logiciel est une solution « alternative européenne à Palantir », a déclaré à l’AFP Philippe Keryer directeur stratégie, recherche et technologie de Thales actif dans l’aérospatial, défense et la cybersécurité, lors d’une présentation à la presse.
Ce marché est aujourd’hui dominé par l’américain Palantir, dont le logiciel Maven Smart System a été choisi par l’Otan en 2025 et devenu opérationnel en juin pour fusionner les données de renseignement provenant de différents capteurs, préparer les opérations et accélérer le ciblage.
Pour les Européens, cette dépendance à une entreprise américaine pour exploiter leurs données militaires les plus sensibles pose une question de souveraineté. Même lorsque les données restent sous le contrôle des armées, celles-ci dépendent d’un fournisseur étranger pour les analyser et les transformer en informations utiles au commandement.
Une dépendance qui peut aussi devenir stratégique en cas de changement de politique à Washington, alors que les logiciels américains restent soumis aux règles américaines d’exportation.
– « Domaine émergent » –
Thales, n’arrive-t-il pas en retard?
« L’Otan a énormément de besoins. La solution fournie par Palantir ne représente qu’une toute petite partie de la solution. Il y a actuellement plusieurs appels d’offres en cours de l’Otan pour s’équiper de ce type de solution, HexaForce et d’autres proposées par des concurrents », a déclaré le PDG de Thales Patrice Caine interrogé par l’AFP.
« La bataille ne fait que commencer, c’est un domaine émergeant », a-t-il poursuivi, en estimant que ce marché représentera à terme « plusieurs dizaines de milliards » d’euros.
Avec l’IA, HexaForce vise à décupler le nombre de cibles pouvant être analysées chaque jour, de 100 à 1.000 en « pilotant l’ensemble des éléments d’une force dans un conflit de haute intensité », explique à l’AFP Olivier Kermagoret, vice-président de la direction technique pour les programmes défense de Thales.
La guerre en Ukraine a non seulement poussé les armées européennes à se préparer à un conflit de haute intensité, mais a montré le rôle croissant des logiciels du C2 (commandement et contrôle).
« Ces 30 à 40 dernières années, les forces occidentales ont plutôt réalisé des opérations de contre-insurrection en Afghanistan, au Mali. Au Mali, on avait déployé entre 3.000 à 5.000 personnes. Un conflit de haute intensité, c’est entre 150.000 et 1 million de personnes », détaille Olivier Kermagoret.
HexaForce se présente, lors de la démonstration, sous la forme d’un grand écran affichant des cibles ennemies, relié à de petits centres de données « que l’on va déployer au plus près des théâtres d’opérations ».
« Près d’une ligne de front, vous avez des réseaux brouillés. C’est la raison pour laquelle vous avez des tout petits +data centers+ qui interagissent les uns avec les autres et qui vont vous permettre de fournir l’équivalent du service d’un très grand » centre de données.
Pourquoi intégrer le cyber et la guerre électronique aux côtés des quatre domaines militaires traditionnels?
« Si vous voulez mener une opération comme Absolute Resolve au Venezuela, la première chose que vous faites, c’est dégrader les capacités de l’adversaire qui pourraient vous empêcher d’arriver jusqu’à votre cible », explique Olivier Kermagoret.
Une cyberattaque contre le réseau électrique peut plonger une ville dans le noir, tandis que la guerre électronique permet de brouiller ou de rendre inopérants les radars et les communications adverses, créant ainsi une fenêtre pour faire intervenir avions et hélicoptères sans être détectés ou pris à partie.
Pour développer HexaForce, Thales s’appuie sur cortAIx, son pôle spécialisé dans l’intelligence artificielle, qui réunit 800 ingénieurs.
HexaForce a été testé en juin lors de l’exercice OTAN CWIX, en Pologne, où Thales a vérifié son interopérabilité avec les systèmes de commandement d’autres pays.
neo/ved/LyS
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