Les émissions de méthane de plus de la moitié de la production mondiale de pétrole et de gaz ne sont pas mesurées de manière « crédible », alors que ce gaz participe fortement au réchauffement climatique, alerte le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) dans un rapport jeudi.
Malgré des progrès dans la mise en oeuvre des mesures des émissions de méthane, le monde « ne peut éviter les pires impacts du réchauffement climatique » sans « l’entière participation » des producteurs pétrogaziers à la collecte de ces données, avertit Martin Krause, directeur de la division du changement climatique du PNUE.
Le suivi avec précision et transparence des émissions de méthane constitue un enjeu important dans la lutte contre le réchauffement climatique, alors que ce gaz inodore et invisible est doté d’un pouvoir de réchauffement bien supérieur à celui du CO2.
Les entreprises ayant participé à ce rapport annuel sur le suivi des émissions de méthane du secteur, l’Oil and Gas Methane Partnership (OGMP 2.0), représentent 43 % de la production mondiale de pétrole et de gaz.
L’essentiel des émissions de méthane déclarées par les membres de l’OGMP provient des activités d’exploration et de production (82 %), loin devant les réseaux de gaz ou les terminaux, souligne le rapport du PNUE, qui coordonne les activités de l’ONU dans le domaine de l’environnement.
Si 88 % de la production pétrogazière européenne est couverte par le dispositif de déclaration des émissions de méthane de l’OGMP, cette part tombe à 48 % en Amérique du Nord et à 16 % en Asie centrale.
En juin, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avait appelé à redoubler d’efforts pour réduire les émissions de méthane, imputables pour 60 % d’entre elles à l’activité humaine, agriculture en tête suivie de l’énergie.
En 2025, la production des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) a été responsable de 35% des émissions de méthane d’origine humaine, soit environ 124 millions de tonnes, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
A partir de janvier 2027, l’Union européenne devait obliger les entreprises importatrices d’hydrocarbures à déclarer les émissions de méthane associées à leurs approvisionnements, en vertu d’une législation de 2024.
Mais au grand dam des organisations environnementales, la Commission européenne vient de proposer de reporter d’un an cette législation, combattue par les Etats-Unis et les entreprises productrices d’hydrocarbures.
« On ne l’a pas fait sous la pression américaine », affirme un diplomate européen, mais pour éviter un « impact sur le marché » des hydrocarbures, alors que les prix de l’énergie flambent déjà à cause de la guerre au Moyen-Orient, assure-t-il.
Réclamé par la France, ce report d’un an est toutefois insuffisant pour d’autres Etats européens et pour les eurodéputés de droite qui réclament un délai allongé à trois ans.
Bruxelles avait déjà assoupli cet été cette législation, en conseillant aux États membres de renoncer jusqu’à la fin 2029 aux amendes prévues en cas de non-respect des obligations de déclaration, une suspension fustigée organisations environnementales.
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