Les streameurs Naruto et Safine, jugés en juillet à Nice, dans le sud de la France, ont été condamnés mercredi à des peines de prison avec sursis ainsi qu’à un « bannissement numérique », pour des violences et humiliations en ligne infligées à deux hommes, dont l’un est décédé en direct en France en août 2025.
Le procès, qui s’est tenu début juillet n’a pas porté sur la mort à 46 ans de Raphaël Graven, alias Jean Pormanove ou JP, dont la découverte en direct du corps inerte sous son drap avait choqué l’opinion publique : après autopsie, l’enquête sur ce volet a été classée sans suite en février.
La justice a en revanche condamné les deux hommes pour des violences et des humiliations infligées à JP et à Stéphane G., alias Coudoux, quadragénaire sous curatelle, au cours de milliers d’heures de live entre 2023 et 2025 sur les plateformes Twitch puis Kick.
Owen Cenazandotti, alias Naruto, 27 ans, a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 15.000 euros d’amende tandis que Safine Hamadi, dit Safine, 24 ans, a écopé 18 mois de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende.
Tous deux ont été condamnés à une peine de « bannissement numérique » de six mois, soit une interdiction de publier sur les plateformes en ligne durant cette durée.
Début juillet, le parquet avait requis 30 mois de prison dont un an ferme à domicile avec bracelet électronique contre Naruto et 18 mois avec sursis probatoire contre Safine, et demandé un « bannissement numérique » à vie pour les deux hommes.
Me Fabien Carles, avocat de Naruto, seul prévenu présent mercredi, a salué une condamnation « largement en dessous des réquisitions » mais encore trop « lourde ».
Les images diffusées ou décrites durant le procès avaient montré JP et Coudoux recevoir des gifles, des coups de pied, de fouet ou de batte de baseball, des cris dans les oreilles…
Devant le tribunal, Coudoux a refusé de se considérer comme victime : « On était une bande de potes, c’était juste notre délire ».
Avec une moyenne de 20.000 internautes devant chaque live le soir de 21H00 à minuit, c’était la chaîne Kick la plus regardée en France. Des influenceurs, chanteurs ou footballeurs y ont participé, et ses protagonistes ont touché jusqu’à 6.000 euros par mois, même plus pour Naruto.
« On a fait du bien à plein de gens. On [ne] voyait pas le mal », avait assuré Naruto au tribunal. Safine, ami d’enfance qui l’avait rejoint pour animer la chaîne, s’était montré beaucoup plus contrit, assurant se sentir aujourd’hui « pas fier ».
Parallèlement à ce procès, une enquête est en cours à Paris sur la plateforme australienne de streaming vidéo Kick, pour déterminer si elle a rémunéré les deux hommes et quels freins elle a mis à leurs dérives.
Les streamers, qui n’ont jamais rien déclaré au fisc, font aussi l’objet d’une enquête sur leurs finances.
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