La « manosphère », mouvance masculiniste en ligne, devrait être traitée par les autorités comme un problème de santé publique, au même titre que le tabagisme ou l’obésité, selon une étude publiée vendredi dans le prestigieux journal britannique The Lancet.
Ses auteurs soutiennent que la lutte contre la « manosphère » et la misogynie en ligne nécessite une réponse coordonnée du gouvernement, des écoles, des services de santé et des organisations communautaires.
Des influenceurs masculinistes comme Andrew Tate ou Clavicular portent les idées de cette mouvance, qui est montée en puissance ces dernières années, avec des discours hostiles et parfois violents envers les femmes.
« Le fait de requalifier la +manosphère+ comme un enjeu de santé publique (…) permet d’activer un certain nombre de leviers d’action supplémentaires », a défendu la professeure Sarah Hawkes, co-autrice du rapport, vendredi sur la BBC.
Une telle approche permet de « s’intéresser aux causes profondes » et de faire en sorte que « les agences gouvernementales travaillent ensemble », de l’économie à la santé en passant par l’éducation, comme dans la lutte contre le tabac, dit-elle.
Les universitaires insistent dans leur rapport sur les dommages causés par cette mouvance, des violences faites aux femmes aux problèmes de santé mentale, avec une « délégitimation » des besoins des hommes sur ce plan.
« Les problèmes des hommes sont présentés comme la conséquence du féminisme plutôt que de conditions structurelles, et l’identité masculine est transformée en marchandise à travers des produits et des contenus payants », écrivent-ils.
Car la « manosphère » est une industrie très lucrative, avec des influenceurs qui incitent leurs abonnés à investir dans des dispositifs financiers ou de coûteux compléments non-réglementés.
Comme « l’indignation et le ressentiment sont bons pour les affaires, le système récompense les contenus les plus extrêmes » en ligne, note le professeur Kent Buse, coauteur de l’article, décrivant un véritable « modèle économique ».
Les auteurs suggèrent toutefois que la régulation devrait se concentrer sur les plateformes, avec un « renforcement de la modération des contenus » nocifs, plutôt que sur les utilisateurs, en évitant de « présenter la masculinité comme intrinsèquement toxique ».
Ils insistent aussi sur l’isolement et le désengagement croissant vis-à-vis de l’éducation chez les garçons et jeunes hommes, et soulignent le besoin d’agir sur « les caractéristiques structurelles ».
Leurs « besoins sont réels », et une « réponse qui se contenterait d’éliminer la +manosphère+, sans proposer quelque chose de crédible à la place, échouera. Nous devons offrir aux garçons quelque chose de mieux », a plaidé Sarah Hawkes.
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