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Négociations commerciales: le prix du lait attise déjà les tensions entre distributeurs et industriels

Posté le par AFP

A deux mois de l’ouverture de négociations tarifaires qui s’annoncent particulièrement houleuses, grande distribution et industriels se sont écharpés sur le prix du lait, se rejetant la responsabilité des pressions subies par les éleveurs qui, eux, attendent des « actes ».

Les principales enseignes de supermarchés sont passées à l’offensive jeudi matin en réclamant aux industries laitières « plus de transparence et de visibilité au bénéfice des éleveurs ».

« Le lait français et ceux qui le produisent ne peuvent pas être les variables d’ajustement de négociations menées par certains industriels dans l’opacité », a ainsi déclaré la déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD, qui réunit E. Leclerc, Carrefour ou encore Intermarché), Judith Jiguet, dans un communiqué.

Cette prise de position intervient au moment où éleveurs et grands industriels négocient pour définir les formules de prix du lait qui seront appliquées dans les prochains mois, et en amont des tractations tarifaires annuelles entre distributeurs et fournisseurs déterminant les prix en rayon (hors marques de distributeurs).

Les éleveurs ont récemment tenté de mettre la pression sur les industriels, faisant valoir que le manque de fourrage lié à la sécheresse faisait exploser leurs coûts.

Les industriels invoquent de leur côté les hausses des prix des emballages et de l’énergie liées à la guerre au Moyen-Orient, assurant ne pas pouvoir revaloriser le prix payé aux éleveurs, en chute depuis plusieurs mois.

Les distributeurs chercheront eux à limiter une inflation inéluctable dans les rayons.

– « D’abord le producteur » –

Dans ce contexte, « on en appelle à la responsabilité de toute la chaîne (…) pour faire passer d’abord le producteur laitier », a résumé Judith Jiguet auprès de l’AFP.

Les négociations prévues de décembre à mars entre distributeurs et industriels sont encadrées par la loi Egalim, censée protéger le revenu des agriculteurs en sanctuarisant le prix de la matière première agricole.

Les industriels doivent à ce titre conclure leurs accords « avec les producteurs laitiers » en amont, mais « ce n’est pas toujours » le cas, assure Judith Jiguet.

La FCD réclame donc que cette « contractualisation entre producteurs et industriels intervienne avant toute négociation avec la distribution ».

Elle exige aussi que les hausses éventuelles de la matière première agricole soient « respectées et reversées aux producteurs », et appelle les industriels à « maintenir les volumes de lait français, comme les distributeurs s’y engagent pour » leurs marques propres.

« La filière laitière n’a pas de leçon à recevoir », a réagi jeudi après-midi la Fédération nationale de l’industrie laitière (Fnil, qui représente Danone, Lactalis, Savencia…), estimant que « la pratique de la contractualisation » y est « très développée ».

– Promotions « indécentes » –

« La transparence doit valoir pour toute la chaîne », rétorque-t-elle. Elle pointe notamment une multiplication des remises en cause par les distributeurs, lors de leurs négociations avec les industriels, du prix d’achat du lait auprès de l’éleveur, l’opacité de leurs marges ou encore leur recours à des centrales d’achats d’européennes, accusées de contourner la loi française.

En outre, « on ne peut pas se placer en défenseur des filières agricoles françaises et mettre en scène en rayon des promotions à des prix parfois indécents sur le lait », fait-elle valoir.

La FCD prône également l’affichage, sur les produits, de l’origine des laits et ingrédients laitiers utilisés, un mois après avoir lancé, avec la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) et la Coopération laitière, le logo « Lait de France ».

La Fnil, qui n’avait pas rejoint cette initiative en raison notamment du trop grand nombre de logos existants, souligne quant à elle que « 99,7 % du lait transformé dans notre pays est français ».

De son côté, la FNPL, association spécialisée d’éleveurs laitiers de la FNSEA, syndicat agricole dominant, a salué « la prise de conscience » des distributeurs.

Mais « nous ne sommes pas dupes », a-t-elle prévenu : « le sort des éleveurs ne restera pas longtemps au coeur des discussions dans les boxes de négociation, où les déclarations d’aujourd’hui seront rapidement confrontées à la guerre des prix ».

« Les éleveurs attendent désormais des actes », a insisté la FNPL, appelant à un « effort collectif » des « entreprises de transformation » comme de la « restauration hors foyer ».

ac-mdz/ved/yk

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