Sur un parking en banlieue de Pékin, un flot de poids lourds électriques défilent pour recharger leurs batteries, exemple d’infrastructures qui essaiment en Chine et pourraient éclipser à terme les camions diesel.
Le savoir-faire chinois sur les voitures électriques n’est plus à démontrer, avec des marques comme BYD, MG ou Xpeng qui séduisent à l’étranger.
Longtemps balbutiant, le secteur des camions 100% électriques « made in China » emprunte désormais le même virage.
Grâce à un réseau dense de stations de recharge ou de remplacement de batteries, l’électrique devient très compétitif pour le transport routier, avec le potentiel pour supplanter les traditionnels moteurs diesel, selon des experts.
« L’année dernière a vraiment marqué le décollage des poids lourds électriques en Chine », affirme Lauri Myllyvirta, spécialiste de la consommation énergétique en Chine au Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (Crea), institut basé en Finlande.
« Une fois les infrastructures en place, la rentabilité suit pour un nombre croissant de trajets et de besoins logistiques », souligne-t-il.
Les alternatives aux camions diesel se sont multipliées en Chine ces dernières années.
Les modèles dit « à énergies nouvelles » (électriques et hybrides) y ont représenté 29% des ventes de camions l’an dernier, soit plus du double des 14% de 2024, selon le cabinet Commercial Vehicle World.
Les constructeurs chinois tablent sur une poursuite de la hausse, qui pourrait placer l’électrique en tête des ventes d’ici quelques années.
– « Plus pratique! » –
A la station de recharge pékinoise, M. Wang, un routier de 43 ans, raconte être passé à l’électrique l’an passé.
« C’est tellement plus pratique! », s’exclame-t-il en branchant des câbles.
« Mon ancien véhicule avait plus de 10 vitesses, c’était très lourd à manier. Avec celui-ci, tout est automatique », explique-t-il devant son engin.
Pourquoi les transporteurs se tournent-ils vers l’électrique? Une combinaison de politiques publiques et de simple logique économique, répond le chauffeur.
« Avec les coûts du fret et tout le reste, tout le monde cherche à gagner un peu plus. Et l’électrique, ça coûte moins cher à l’usage », souligne-t-il.
Juste à côté, un autre chauffeur, M. Zhang, dit rouler en électrique depuis deux mois.
Il transporte du sable et des pierres sur de courts trajets autour de Pékin. Son camion n’est pas fait pour les longues distances.
Le modèle bleu ciel qu’il conduit, fabriqué par Howo, marque du constructeur chinois Sinotruk, peut parcourir 240 à 250 kilomètres avec une charge complète.
« La puissance est bonne, l’accélération rapide. C’est réactif, mais ça manque un peu d’autonomie », concède-t-il.
Pendant que la Chine électrifie massivement ses camions, les constructeurs, eux, tournent déjà leur regard vers l’étranger.
« Comme dans la voiture, les fabricants chinois de poids lourds voient l’export comme une stratégie incontournable face à une concurrence féroce et à un marché intérieur qui va bientôt saturer », note Christopher Doleman, analyste à l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis, basé aux Etats-Unis.
– Face à Tesla –
Selon lui, les récentes perturbations des marchés énergétiques avec la guerre au Moyen-Orient constituent un « catalyseur potentiel » de cette tendance.
« Les transporteurs vont certainement chercher à se protéger des prix instables du gazole en se tournant vers les poids lourds électriques », estime M. Doleman.
Pour Han Wen, fondateur de la startup de camions électriques Windrose Technology, la guerre au Moyen-Orient a déjà stimulé la demande.
Créée en 2022 et basée en Belgique, son entreprise veut s’appuyer sur les chaînes d’approvisionnement chinoises pour s’imposer sur le marché mondial des poids lourds électriques – face notamment au « Semi » de l’américain Tesla.
« Pour les camions, le principal problème, c’est l’autonomie, et de loin », explique M. Han.
Les siens peuvent parcourir environ 700 kilomètres avec une pleine charge, mais le constructeur vise les 1.000 kilomètres d’ici 2030.
Après avoir obtenu des autorisations de circuler en Europe, en Chine, aux Etats-Unis et en Amérique du Sud, Windrose veut désormais accélérer la production.
« Nous allons construire environ 1.000 camions cette année », indique Han Wen, avec des objectifs de 10.000 l’an prochain et 100.000 en 2030.
« Sur le plan économique, il n’y a plus aucun doute: l’électrique est supérieur », affirme-t-il.
« On n’est plus très loin du jour où le camion diesel, en tant que produit, aura complètement disparu. »
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