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Quand la Chine s’envolera

Posté le par Pierre Thouverez dans Entreprises et marchés

La Chine remplacera bientôt les Etats-Unis au sommet de la hiérarchie du plus grand marché d’aviation au monde, défini en fonction du trafic à destination, en provenance et à l’intérieur du pays. C’est désormais une question d’années. Un changement de paradigme, mais aussi des opportunités à saisir pour le secteur français.

Et il n’y a pas que le trafic. La croissance économique du géant asiatique a cela de particulier: elle concerne tous les secteurs. La principale différence entre les Etats-Unis et la Chine en terme de stratégie économique est temporelle. Alors que l’empire américain domine le monde depuis des décennies, la Chine, telle la tortue de la fable, avance lentement mais sûrement. Et sur tout.

Le secteur aéronautique n’y échappe pas. Il fait même partie des 10 secteurs identifiés par le gouvernement dans le programme «made China 2025» qui doit permettre au pays d’opérer une mutation technologique complète: ainsi le trafic passagers en Chine a doublé entre 2014 et 2018. Dans le même temps, le trafic cargo a cru de 23%. Une croissance très au dessus de la moyenne mondiale, et qui oblige la Chine à s’équiper en conséquence.

Les projections à dix ans pour l’empire du milieu font état d’une flotte d’environ 8 000 avions, qui représentera 20% de la flotte mondiale. D’ici là, le pays sera déjà le plus grand marché mondial de passagers depuis quelques années. Les Etats-Unis, aujourd’hui encore leader aujourd’hui, devraient céder leur première place dans les 5 ans qui viennent.

Le leadership chinois pourra-t-il profiter à l’industrie française ?

Comme on l’a dit, cette montée en puissance n’est pas une surprise. Tout a été préparé: la Chine a déjà entrepris de doubler le nombre d’aéroports dans le pays d’ici 2035, passant de 234 aujourd’hui à 444 dans 15 ans.

Côté appareil, la Chine s’est dotée des moyens de concurrencer Boeing et Airbus dans le futur. Ainsi, la COMAC (Commercial Aircraft Corporation of China) a fait voler son premier avion – le C919, un moyen courrier – il y a à peine deux ans. Si la volonté de rattraper les deux géants qui dominent le marché aujourd’hui est affichée, le retard technologique à combler est encore important. Il en est de même pour la standardisation. Et personne n’imagine la COMAC concurrencer sérieusement Boeing et Airbus dans les années qui viennent. Même l’objectif affiché au niveau national de totaliser 10% des parts du marché domestique paraît très ambitieux et laisse les analystes sceptiques.

Pour rendre son C919 (et ceux qui suivront) compétitif, la Chine doit dans un premier temps s’adapter aux standards mondiaux, et combler son retard technologique. Pour ce faire, la Chine a fait appel à des technologies étrangères, sous forme de coentreprises, et à la condition que les partenaires étrangers acceptent de partager leurs technologies. General Electrics, Safran ou Rolls Royce ont ainsi collaboré à la fabrication du C919.

Mais la pression mise par les Chinois pour obliger les sociétés étrangères présentes dans le pays et travaillant en coentreprise à céder leur propriété intellectuelle a ses limites.

C’est cette pression qui explique les tensions actuelles entre les deux géants. Car l’exemple du C919 n’est pas un cas isolé. La cession de propriété intellectuelle en échange d’une place sur le marché chinois est devenu une stratégie industrielle. Stratégie dénoncée vigoureusement depuis longtemps par les Américains, qui menacent ces jours-ci par la voix de leur Président d’augmenter les droits de douane sur certains produits, pour “rétablir la balance”.

Dans ce grand jeu de bluff, personne ne sait qui a le plus à perdre, mais tout le monde sait qu’un ralentissement généralisé de l’économie ne serait bon pour personne. Aussi, si les Etats-Unis et la Chine se battent pour savoir qui dominera l’économie de demain, chacun sait qu’il a besoin de l’autre pour continuer à gagner des parts de marché au niveau mondial.

Selon une étude menée par KPMG, une augmentation de 25% des droits de douane entrainerait une baisse de 3% du PIB mondial. Personne n’y a intérêt.

Hors aéronautique, le spatial est également un bon curseur des ambitions chinoises. La Chine s’est aujourd’hui faite une place dans le peloton de tête des lancements orbitaux, et met en place une stratégie de développement d’acteurs privés chinois pour leur réserver un accès sur ce marché en plein développement.

Pour aller plus loin

Posté le par Pierre Thouverez


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