Logo ETI Quitter la lecture facile

Interview

Des datacenters bas carbone alimentés en énergie grâce aux déjections animales

Posté le par Nicolas LOUIS dans Environnement

La start-up Datafarm installe des datacenters bas carbone dans des exploitations agricoles et les alimente en électricité grâce à des méthaniseurs. Techniques de l'Ingénieur s'est entretenu avec Stéphane Petibon, le fondateur de cette entreprise.

Avec ses deux associés, Stéphane Petibon travaille dans le digital bas carbone depuis une dizaine d’années. Tous les trois se sont mis à la recherche d’une énergie verte pour alimenter en électricité des datacenters. Ils ont rapidement écarté le solaire et l’éolien à cause de leur intermittence ainsi que l’hydraulique pour ses contraintes géographiques. Grâce à la rencontre d’un éleveur breton équipé d’un méthaniseur, ils se sont intéressés au processus de méthanisation. En fin d’année 2019, les trois associés ont créé la start-up Datafarm afin de construire des datacenters dans des exploitations agricoles et les alimenter en électricité grâce à des unités de méthanisation qui produisent de l’énergie à partir des déjections animales. Entretien avec Stéphane Petibon, fondateur et associé de Datafarm.

Techniques de l’Ingénieur : Présentez-nous le concept de votre start-up

Stéphane Petibon /Datafarm

Stéphane PetibonNotre objectif est de construire des datacenters bas carbone. Pour cela, nous les installons dans des exploitations agricoles afin de les alimenter en électricité grâce à des méthaniseurs déjà présents sur place. L’énergie est produite grâce à un processus de méthanisation à partir des déjections des animaux ainsi que des biodéchets comme des résidus de cultures ou des couverts végétaux implantés entre deux cultures. Grâce à l’action de différentes bactéries et en l’absence d’oxygène, le méthaniseur va produire du biogaz sous la forme de méthane. Celui-ci va ensuite alimenter une turbine à gaz et co-générer de l’électricité à raison de 38 % et de la chaleur à hauteur de 62 %.

/Datafarm

Quel usage faites-vous de cette chaleur ?

Nous avons trouvé une solution pour produire du froid à partir de la chaleur produite par le méthaniseur et ainsi répondre au besoin de climatisation des datacenters. Ce système nous permet de réduire le PUE (Power Usage Effectiveness), un indicateur mesurant l’efficacité énergétique d’un centre d’exploitation informatique. Plus le résultat est proche du chiffre 1 et moins le datacenter consomme d’énergie. Par exemple, un score de 1,5, qui correspond déjà à une très bonne efficience énergétique, signifie que lorsqu’un watt est consommé pour alimenter le datacenter, 0,5 watt est nécessaire pour le refroidir. Certaines entreprises comme Google ou Facebook réussissent à atteindre un score de 1,2 voire 1,1, mais en contrepartie, leurs installations sont placées dans des zones glacées de l’Antarctique ou alors nécessitent d’importantes quantités d’eau. Nos datacenters fonctionnent avec un circuit d’eau fermé et au final notre PUE est de seulement 1,08. Nous sommes ainsi quasi neutres en besoin électrique pour refroidir nos installations.

/Datafarm

Que faites-vous de la chaleur produite par les serveurs informatiques ?

Nos installations sont intégrées dans un système circulaire et cette chaleur est réutilisée pour les besoins de séchage des fourrages de la ferme ainsi que redirigée vers le méthaniseur afin d’augmenter sa puissance. En effet, lorsque l’on maintient sa température autour d’une quarantaine de degrés, le processus de méthanisation se trouve accéléré grâce à une dégradation plus rapide des composants à l’intérieur. L’agriculteur peut ainsi incorporer plus d’intrants dans le méthaniseur au lieu d’attendre qu’ils soient totalement décomposés.

Quelle prestation offrez-vous à vos clients ?

Nos datacenters sont constitués de modules fabriqués à partir de containers maritimes recyclés et réaménagés. Ces modules sont entreposés dans un hangar que nous construisons à côté du méthaniseur. Chaque module mesure 50 m² et héberge une douzaine de baies informatiques et chacune d’entre elles contient entre 24 à 48 serveurs. En moyenne, chacun de nos datacenters héberge une dizaine de modules pouvant accueillir environ 2 000 clients et nécessite un méthaniseur d’une puissance d’environ 2,5 MW. Nous leur proposons une formule de colocation de modules, chaque client peut ainsi louer par exemple un quart ou la moitié d’un module en fonction de ses besoins. Notre valeur ajoutée est d’offrir une empreinte carbone la plus basse du marché. Nous ciblons des entreprises de plus 500 salariés ayant l’obligation de publier un bilan carbone tous les quatre ans. En France, environ 2 400 entreprises sont concernées par cette réglementation. Grâce à nos datacenters, elles peuvent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Quel est le niveau de sécurité de vos installations ?

Chaque module est sécurisé Tier III, il s’agit d’une norme de classification qui signifie que la maintenance du datacenter peut être assurée sans que celui-ci soit arrêté. Cela nous oblige à doubler nos circuits d’alimentation en électricité, en froid ainsi que la connexion au réseau. Concrètement, si le méthaniseur ne fonctionne plus, nos installations continueront d’être alimentées en électricité grâce au réseau Enedis. Pour la production de froid, nous créons une zone tampon d’eau glacée. Quant à la connexion au réseau, nous travaillons avec plusieurs opérateurs nationaux de fibre tels que Orange, Covage et Axione. Étant donné que la consommation d’un serveur informatique peut varier d’un à trois en fonction des besoins des clients, nous surévaluons volontairement le besoin en énergie nécessaire pour être certain d’assurer un bon fonctionnement de nos centres. Comparés à d’autres datacenters, nous pouvons nous permettre de refroidir davantage nos installations et pouvons ainsi accepter des clients avec un besoin de puissance important.

Quelles sont les perceptives de votre start-up ?

Nous avons déjà installé deux datacenters, l’un en Bretagne et l’autre dans les Hauts-de-France. Quatre autres seront construits avant la fin de l’année prochaine. Nous travaillons en ce moment sur un projet de méthaniseur beaucoup plus important pouvant produire jusqu’à 7 MW. Notre objectif serait de le mutualiser avec plusieurs agriculteurs et de l’installer à la périphérie d’une ville. Pour ce projet, nous construirons nous-mêmes le méthaniseur et il devrait voir le jour dans deux ans. Nous souhaitons aussi développer des micros datacenters constitués d’un à deux voire trois modules et alimentés en énergie grâce à des petites unités de méthanisation. Notre ambition est aussi de nous développer à l’étranger. La France est sous-équipée avec seulement 500 méthaniseurs. L’Allemagne en compte 12 000.

Pour aller plus loin

Posté le par Nicolas LOUIS


Réagissez à cet article

Commentaire sans connexion

Pour déposer un commentaire en mode invité (sans créer de compte ou sans vous connecter), c’est ici.

Captcha

Connectez-vous

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous et retrouvez plus tard tous vos commentaires dans votre espace personnel.

INSCRIVEZ-VOUS
AUX NEWSLETTERS GRATUITES !