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Des retardateurs de flamme plus écologiques pour combattre les feux de forêt

Des retardateurs de flamme plus écologiques pour combattre les feux de forêt

Posté le par Nicolas LOUIS dans Environnement

Alors que les produits utilisés pour lutter contre les incendies de forêt peuvent avoir des effets sur les sols et les milieux aquatiques, des scientifiques développent de nouvelles formulations biosourcées et biodégradables. Ils cherchent également à réduire les besoins en eau et à concevoir des produits plus faciles à transporter, sous forme de poudre.

Du jamais-vu depuis 1976. Selon l’ONF, environ 98 000 hectares de forêts sont partis en fumée cet été en France, soit cinq fois la moyenne des vingt dernières années. Face à la multiplication des épisodes de chaleur et de sécheresse, une part croissante du territoire est à présent concernée par ce risque. Dans ce contexte, tous les moyens permettant de ralentir ou d’éteindre les incendies prennent une importance croissante. Les scientifiques regroupés au sein du projet PREFIBIO l’ont bien compris. Ils développent de nouveaux retardateurs de flamme qui se veulent à la fois efficaces et plus respectueux de l’environnement.

Actuellement en France, le seul retardateur autorisé pour lutter contre les feux de forêt par les forces opérationnelles de la Sécurité civile s’appelle le Fire-Trol 931. Ce produit, reconnaissable à sa couleur rouge, est composé à plus de 80 % d’eau au moment de son largage. Il contient notamment de l’ammonium polyphosphate, qui joue le rôle d’agent anti-feu, ainsi que des inhibiteurs de corrosion et de l’oxyde de fer.

Son efficacité peut durer plusieurs semaines, mais sa composition soulève certaines questions environnementales. Si l’ammonium polyphosphate apporte du phosphore et de l’azote aux sols, ces composés peuvent aussi être lessivés puis se retrouver dans les cours d’eau, avec un risque de provoquer une prolifération d’algues. Cette pollution reste toutefois ponctuelle et sans commune mesure avec les conséquences des grands incendies.

Le phosphore provient de minerais extraits notamment au Maroc, en Chine ou aux États-Unis, tandis que l’ammoniaque est en partie produit à partir de gaz naturel. Quant à la fabrication du retardateur, elle nécessite de mélanger de l’acide phosphorique ainsi que de l’ammoniaque à haute température, et consomme donc beaucoup d’énergie.

Le projet PREFIBIO a pour objectif de développer des formulations biosourcées, biodégradables et non toxiques, qui prennent en compte l’ensemble du cycle de vie du produit. Deux familles de retardateurs sont actuellement en cours de développement. Les produits dits « long terme » sont destinés à protéger la végétation avant l’arrivée du feu. Les retardateurs « court terme », eux, sont utilisés directement pour éteindre les flammes, sous forme de gels ou de mousses biodégradables.

Des protéines végétales pour ralentir les flammes

Pour ces derniers, les chercheurs travaillent notamment sur des mélanges de protéines végétales et de tensioactifs biosourcés, qui possèdent de bonnes propriétés moussantes et mouillantes. Ils veillent également à sélectionner des matières premières qui ne sont pas utilisées pour l’alimentation humaine ou animale. Une protéine végétale et des savons d’origine végétale ont ainsi été identifiés comme des candidats intéressants.

Pour les retardateurs à long terme, les scientifiques cherchent à élaborer des produits intumescents, capables, sous l’effet de la chaleur, de gonfler et de former une couche isolante autour de la végétation. Une telle formulation nécessite plusieurs composants, notamment une source de carbone, un acide, un agent gonflant et d’autres composants destinés à améliorer la viscosité du produit et son acidité. Les chercheurs étudient également des protéines issues de certains déchets industriels, dont les propriétés anti-feu pourraient être exploitées.

La forme du produit pourrait, elle aussi, évoluer. Les scientifiques envisagent des formulations sous forme de poudre, plus faciles à stocker et à transporter, puis à réhydrater rapidement sur le terrain. Une telle solution pourrait être utilisée aussi bien par les véhicules des pompiers que par les sapeurs-pompiers intervenant à pied.

Face à la diminution de cette ressource, les chercheurs cherchent également à développer des solutions permettant de combattre les flammes avec moins d’eau. Ils étudient aussi la possibilité de formuler des mousses avec de l’eau de mer. Le produit doit alors conserver les mêmes propriétés et la même efficacité quelles que soient les caractéristiques de l’eau utilisée. Les premiers essais réalisés avec une eau présentant des caractéristiques proches de celles de l’eau de mer se sont révélés encourageants.

Avant de pouvoir être utilisés par les services de la Sécurité civile, les nouveaux produits devront satisfaire au référentiel du Centre d’essais et de recherche pour l’application des moyens de prévention et de lutte contre les feux (Ceren). Pour cela, des essais sont actuellement menés dans un laboratoire de l’université de Lille et sont jugés concluants pour les retardateurs à court terme. D’autres tests à plus grande échelle devront ensuite être réalisés à l’université de Corse.


https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/thematique/environnement/

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