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Interdiction des ampoules traditionnelles : une vraie fausse bonne idée

Posté le par La rédaction dans Matériaux, Biotech & chimie

[Tribune] Pierre Bacher

La Commission Européenne a décidé d’interdire la vente des ampoules traditionnelles, à partir de 2009 pour les ampoules de 100 W et au plus tard en 2012 pour toutes les ampoules. Décision symbolique, recommandée en France par le Grenelle de l’environnement et annoncée dans la loi Grenelle I. On serait tenté d’applaudir des deux mains. Résistons à ce plaisir et regardons d’un peu plus près quels en seront vraiment les impacts économiques et environnementaux.

En 2012, il sera interdit de vendre des ampoules traditionnelles. Cette décision symbolique, adoptée à l’occasion du Grenelle, est de celle qui devrait nous amener à nous réjouir. Et pourtant, nous évaluons mal ses impacts environnementaux et économiques.Il faut avoir en tête que l’éclairage est utilisé beaucoup plus en hiver et en demi-saison qu’en été (on peut estimer trois-quarts du temps en France et en Europe) et que ceci correspond aussi aux périodes où on se chauffe. Il en résulte que les trois-quarts de l’énergie dépensée en éclairage contribuent au chauffage. Pour un logement moyen qui dépense 20.000 kWh en chauffage, l’éclairage peut représenter ainsi 5 à 10 % de l’énergie consommée.

Une mesure coûteuse
Une ampoule basse consommation coûte 10 fois plus qu’une ampoule traditionnelle. On nous dit qu’en Europe, ce sont 4,2 milliards d’ampoules à incandescence qui sont appelées à disparaître (en moyenne 10 par Européen).Sauf baisse importante des prix, cela coûtera entre 30 et 60 milliards d’euros étalés sur une période de 4 ans (autour de 100 euros par Européen). On nous dit que les économies d’énergie réalisées permettront de récupérer ces dépenses, grâce à la grande longévité des nouvelles ampoules : ce n’est que très partiellement vrai puisque, nous l’avons vu, l’énergie économisée pour l’éclairage devra, les trois-quarts du temps, être remplacée par une demande supplémentaire d’énergie pour le chauffage.Ainsi, une ampoule de 100 W utilisée 100 heures par an (soit 10 kWh dans l’année) ne permettra d’économiser que 2,5 kWh dans l’année (en été) et ne sera remboursée qu’en 50 ans ! Seules les ampoules allumées plusieurs centaines d’heures dans l’année mériteraient d’être remplacées !

Un impact industriel problématique
Face à l’urgence imposée, la grande majorité des ampoules basse consommation sera importée d’Asie (Inde, Chine, Vietnam). Les usines européennes devront se reconvertir (elles n’auront pas le temps d’ici l’automne 2009) ou fermer : à l’heure où on cherche par tous les moyens à sauver les emplois et à réduire le déficit de la balance commerciale, la précipitation européenne est injustifiable.

Un impact environnemental mitigé
En dehors des boutiques (et plus particulièrement des grandes surfaces) qui éclairent en journée toute l’année et consomment de l’électricité pour évacuer l’excès de chaleur apporté par l’éclairage, le bénéfice en termes de réduction des émissions de CO2 est très mitigé et dépend du mode de chauffage utilisé. Trois cas de figure se présentent :
  • Un chauffage au fioul ou au gaz (plus de 50 % des consommations de chauffage) : vous devrez augmenter un peu (quelques %) votre chauffage pour compenser la diminution de l’énergie de l’éclairage ; et vous augmenterez à la fois votre dépense de chauffage et les rejets totaux de CO2.
  • Un chauffage à l’électricité (environ 30 % des consommations) : le bilan est quasi nul, tant en électricité qu’en rejets de CO2 puisque vous allez remplacer les trois-quarts des kWh de l’éclairage par des kWh de vos radiateurs électriques.
  • Un chauffage par des énergies renouvelables avec ou sans pompe à chaleur (bois, solaire, géothermie ?) : c’est le seul cas où le remplacement des ampoules apportera une réelle diminution des rejets de CO2 qui vous sont imputables. En échange, vous brûlerez un peu plus de bois où utiliserez un peu plus votre pompe à chaleur.
Seul élément vraiment positif : la diminution de la demande d’éclairage des particuliers aura lieu en partie aux heures de pointe de la consommation (entre 18 et 21 heures) et contribuera à écrêter celle-ci.En définitive, les ampoules à basse consommation ne sont intéressantes, en termes d’économie d’énergie et de réduction des rejets de CO2, que dans des cas bien précis, qui ne représentent qu’une fraction de l’éclairage, probablement inférieure à 25 %. Les imposer systématiquement en retirant de la vente les ampoules traditionnelles est un double non-sens, économique et environnemental. C’est vraiment une fausse bonne idée. En revanche, il serait parfaitement légitime d’inciter les usagers à utiliser ces ampoules partout où elles présentent de l’intérêt, d’accompagner cette politique d’une réelle volonté d’éliminer à terme les chauffages au fioul et au gaz, et de donner une feuille de route claire aux industriels pour qu’ils puissent adapter leurs usines de fabrication. Personnellement, je me suis constitué un stock d’ampoules à incandescence me permettant de tenir quelques années. Pierre Bacher, ancien élève de polytechnique, est l’auteur de « L’énergie en 21 questions » – édition Odile Jacob (2007), membre du conseil scientifique de Sauvons le Climat et éditorialiste à l’Espace Veille de Techniques de l’ingénieur.

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