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Décryptage

« Nous développons un nanomatériau qui va révolutionner la radiothérapie »

Posté le par La rédaction dans Matériaux, Biotech & chimie

[Interview] Laurent Lévy - Nanobiotix

Start up française en plein essor, Nanobiotix développe des nanoparticules pour améliorer l’efficacité de la radiothérapie contre le cancer. Rencontre avec son PDG Laurent Lévy, également président de la plate-forme technologique française de nanomédecine.

Techniques de l’Ingénieur : Qu’est-ce qui vous a amené à créer Nanobiotix ?

Laurent Lévy : Je me consacre depuis une quinzaine d’années aux nanotechnologies. J’ai commencé dans la nanoélectronique dans le cadre d’un doctorat, puis je me suis orienté vers la biologie. Je cherchais comment utiliser les nanomatériaux pour soigner le cancer, à l’université de Buffalo aux Etats-Unis. Je suis rentré en France et j’ai travaillé dans l’industrie, dans la pharmacie et les biotechnologies. Nous avons créé Nanobiotix en 2003 avec Paras N. Prasad et Kader Boussaha, en bouclant un premier tour de table. Nous avons aussi bénéficié d’aides du ministère de la Recherche et de l’Union européenne. Depuis, des investisseurs nous soutiennent et nous aident à avancer.

Quelle est votre activité ?

Nous développons des nanoparticules pour la médecine. Deuxième thérapie la plus utilisée contre le cancer, la radiothérapie concerne la moitié des patients qui ont un cancer, mais elle présente des limitations techniques qui réduisent son efficacité. Pour pouvoir irradier une tumeur, il est nécessaire de passer par des tissus sains et donc de déposer aussi une dose dans ces derniers, ce qui entraîne des effets secondaires. Entre la probabilité de contrôler la tumeur et les risques d’effets secondaires, la fenêtre de tir pour administrer la bonne dose reste très étroite. Notre technologie consiste à injecter des nanomatériaux dans la tumeur pour améliorer l’efficacité des rayons X. Il s’agit d’objets cristallins à base de hafnium oxide (HFO2), très denses en électrons. Ils sont recouverts d’une couche qui permet de leur donner la biocompatibilité désirée. Grâce à ces nanomatériaux, plus de photons sont absorbés dans la tumeur. Une même dose de rayon X permet donc d’atteindre une efficacité plus importante.

A quelle étape du développement vous situez-vous ?

Nous avons déposé sept familles de brevets. Nous maîtrisons la fabrication des matériaux et de l’injectable. Nous avons fini la phase préclinique et nous passerons l’année prochaine aux essais cliniques, qui devrait durer trois à quatre ans. Nous prévoyons 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires en 2009, généré grâce à des collaborations avec des partenaires industriels.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans la création de Nanobiotix ?

Il faut s’entourer des bonnes personnes. Il faut aussi trouver les fonds nécessaires au développement de l’entreprise.

Avez-vous eu des difficultés pour définir le champ d’application de votre technologie ?

Le cancer a constitué un champ d’application facile à cerner. En revanche, il a fallu travailler sur le mode d’intégration dans la pratique médicale. En médecine, il faut que le produit développé soit accepté par les utilisateurs. Changer des pratiques médicales peut prendre des décennies. Nous avons donc choisi de développer un produit qui s’intègre à la radiothérapie, tout en la révolutionnant.

Comment l’Europe et la France se positionnent-elles en nanomédecine ?

Une plate-forme européenne de nanomédecine s’est créée au niveau européen, regroupant des industriels, des académiques et des médecins. Nous avons lancé le même type de plate-forme au niveau national. La France est bien placée, mais il faut poursuivre les investissements et accélérer les développements.

Quel regard portez-vous sur l’évolution actuelle des nanotechnologies ?

Bien plus qu’un effet de mode, les nanotechnologies font partie des technologies qui comptent. Des brevets sont déposés, des articles rédigés, des nouveaux produits développés…Cela représente des marchés existants importants, avec une croissance très élevée. Selon Cientifica, le marché va passer de 135 milliards de dollars en 2007 à 1.000 milliards en 2015.

Les craintes pour la sécurité vous semblent-elles fondées ?

Un débat public sur les nanotechnologies aura lieu à la rentrée. Il ne faut pas faire de généralité. Chaque particule est différente et, comme tout matériau, tout produit chimique, elle s’avère plus ou moins toxique. Les nanomatériaux sont déjà très présents dans notre quotidien, il faut en étudier les risques. Dans le domaine de la santé, la mise sur le marché est déjà très encadrée avec des études poussées entre le bénéfice et le risque pour le patient.

Propos recueillis par Corentine Gasquet

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