Acteur majeur de l'industrie française, la plasturgie traverse une phase délicate. Après deux années de turbulences, les industriels misent sur une stabilisation en 2026, sans réelle reprise à court terme. Automobile, bâtiment, emballage, médical ou recyclage : le rapport Polyvia met en lumière des trajectoires sectorielles contrastées et des fragilités persistantes.
Après deux années marquées par un recul de son activité, la filière française de la plasturgie et des composites aborde 2026 dans un climat de prudence mêlée d’attentes, comme le souligne un rapport publié par Polyvia, le principal syndicat national de ce secteur. Confronté à une contraction de la demande, à une concurrence internationale accrue et à des mutations réglementaires profondes, les industriels espèrent avoir touché un point bas en 2025. Reste à savoir si les conditions seront réunies pour enclencher une reprise durable.
Avec près de 203 000 salariés, 4 000 établissements et un chiffre d’affaires avoisinant 83 milliards d’euros, la plasturgie demeure un pilier de l’industrie française. Pourtant, derrière ce poids économique, les fragilités s’accumulent. En 2024, le cœur de la plasturgie a enregistré un recul de son chiffre d’affaires de 4 %, après déjà –1,6 % l’année précédente. Une dégradation plus marquée que celle de l’industrie manufacturière dans son ensemble, qui a pesé sur la rentabilité, puisque plus d’un quart des entreprises ont terminé l’exercice en déficit.
Cette érosion s’est traduite en 2024 par un premier recul des effectifs, notamment dans l’automobile et le bâtiment. Si l’emballage plastique résiste globalement et si les composites continuent de créer des emplois, la dynamique reste insuffisante pour compenser les pertes observées ailleurs. En 2025, l’activité est restée sous pression, car plus de la moitié des industriels interrogés par Polyvia déclaraient avoir constaté un niveau d’activité inférieur à leurs objectifs, et la situation s’est encore dégradée au second semestre.
Les perspectives pour 2026 s’inscrivent dans cette continuité. La majorité des industriels misent sur une stabilisation plutôt que sur une véritable reprise. Un quart seulement anticipe un redémarrage, laissant penser que le secteur pourrait atteindre un plancher, sans pour autant renouer rapidement avec la croissance. La prudence est renforcée par un environnement géopolitique incertain et par les tensions commerciales, notamment avec les États-Unis.
Des secteurs clés confrontés à des difficultés persistantes
L’analyse sectorielle révèle des trajectoires contrastées. La plasturgie automobile reste fragilisée, en particulier chez certains équipementiers confrontés à la concurrence des acteurs chinois sur le segment des véhicules électriques. Le bâtiment, déjà pénalisé par l’effondrement de la construction neuve, continue d’évoluer en territoire récessif malgré la relative résilience de la rénovation. Les emballages plastiques subissent, eux aussi, la baisse de régime des secteurs de la cosmétique et de l’industrie manufacturière.
À l’inverse, la plasturgie médicale fait preuve d’une stabilité relative, portée par des barrières réglementaires élevées et des exigences de qualité qui limitent la concurrence par les prix. Le segment des composites demeure le plus dynamique. Positionné sur des marchés de niche à forte valeur ajoutée tels que l’aéronautique, la défense, le médical ou les infrastructures, il bénéficie d’une meilleure protection face à la concurrence internationale, même si un léger ralentissement s’est fait sentir en 2025.
Au cœur des enjeux de 2026 figure la transition vers la circularité. En 2024, les plasturgistes français ont transformé 650 000 tonnes de plastiques recyclés, en hausse de 17 % par rapport à 2022, tandis que l’usage de polymères vierges recule. Cette évolution est appelée à s’amplifier, sous l’effet des réglementations françaises et européennes, mais elle se heurte à une réalité économique sévère, puisque la pression des importations de matières vierges et recyclées à bas coût fragilise la filière du recyclage, déjà marquée par des fermetures d’usines.
Dans ce contexte, Polyvia plaide pour une véritable « préférence européenne ». L’objectif est de garantir des règles du jeu équitables face à la concurrence internationale, d’imposer des obligations de contenu recyclé et de renforcer les contrôles sur les produits importés. Sans ces leviers, la filière risque de voir s’accélérer les délocalisations et la perte de compétences industrielles stratégiques.
Les recycleurs européens fondent de réels espoirs sur une mesure actuellement à l’étude à Bruxelles. Celle-ci viserait à exclure, jusqu’à fin 2027, le plastique recyclé hors UE du calcul des taux d’incorporation de PET recyclé dans les bouteilles. Si rien n’est encore acté, cette préférence européenne pourrait constituer un levier indispensable pour enrayer la concurrence asiatique, sécuriser les débouchés des capacités de recyclage locales et redonner de la cohérence économique à l’objectif de circularité.









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