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Décryptage

Vers une évolution nécessaires des pratiques numériques

Posté le par Pierre Thouverez dans Informatique et Numérique

Les études démontrant l’impact massif des technologies numériques en termes d’empreinte carbone se multiplient depuis plusieurs années. Dans le même temps, les usages du numérique continuent de se diversifier et de se généraliser. Si les États légifèrent pour limiter la production de déchets numériques, les usagers vont devoir, dans les années à venir, faire évoluer leurs pratiques.

Les technologies numériques recouvrent aujourd’hui une réalité matérielle extrêmement vaste : ordinateurs, téléviseurs, téléphones, objets connectés de toutes sortes, véhicules… Les usages de ces technologies sont permanents. Il en découle une empreinte carbone liée au cycle de vie de ces produits en augmentation, malgré les progrès permanents réalisés en termes de performance énergétique.

Alors que l’on avait tendance il y a encore quelques années, faute de données fiables, à évaluer l’impact des technologies numériques uniquement dans leur phase d’utilisation, il est aujourd’hui possible de calculer précisément l’impact global sur l’environnement d’un produit numérique, depuis sa phase de fabrication, qui comprend également l’extraction des matières premières le constituant, jusqu’à son recyclage, lorsque ce dernier est considéré comme un déchet.

A titre d’exemple, l’extraction des 350 kilogrammes de matières premières nécessaires à la fabrication d’un téléviseur équivaut à un aller Paris-Marrakech en avion, en termes d’empreinte carbone. Avant même que ce téléviseur ne se retrouve sur les rayons d’un magasin. 

Autre exemple, il faut 80 fois plus d’énergie pour fabriquer un gramme de smartphone que pour fabriquer un gramme de voiture. 

Trois derniers chiffres, pour visualiser la problématique de manière plus globale : En 2019, le numérique nécessite pour fonctionner 16% de l’électricité produite dans le monde, alors qu’en France, les data centers consomment à eux seuls 10% de l’électricité produite. Enfin, l’activité numérique au niveau mondial est responsable de 4% des émissions de GES sur notre planète.

Les Etats mettent en place des mesures pour lutter contre cette tendance. En France les lois sur les DEEE, l’obligation pour les entreprises de s’impliquer dans le recyclage de leur parc informatique, et l’obligation pour les revendeurs de reprendre les appareils usagers, entre autres, posent les jalons d’une consommation des appareils numériques usuels plus responsable. En ce qui concerne le cycle de vie de ces appareils, après leur production.

C’est précisément là que le bas blesse. En effet, les chiffres cités plus haut, comme par exemple la quantité de GES générée par le numérique, pourrait doubler d’ici 2025. Pour ainsi dire, la production d’appareils numériques, et les usages des technologies numériques n’en finissent plus de croître.

Il s’avère donc nécessaire, pour pouvoir projeter un avenir numérique compatible avec les objectifs – nationaux et mondiaux – de réduction de l’empreinte carbone globale, de prendre en compte de manière actualisée le nombre d’appareils numériques en circulation. Cela s’avère compliqué aujourd’hui, mais une chose est certaine : la diminution relative des impacts du numérique passe par une évolution des pratiques liées à l’utilisation de ces objets, indépendamment de leur cycle de vie.

Selon une étude menée par Green IT en 2019, les smartphones, ordinateurs et téléviseurs représentent sur la planète environ 34 milliards d’appareils et la principale source de pollution liée au numérique.

Il apparaît donc indispensable de développer des pratiques permettant de limiter la consommation énergétique de ces objets pendant leur durée de vie. Prenons deux exemples : les emails et le streaming.

La pollution liée aux emails

Tout a été dit sur la pollution engendrée par l’usage des emails et les données stockées dans notre boîte mail à notre insu, comme les spams par exemple. Avec l’avènement des réseaux sociaux et de leurs messageries instantanées, cette empreinte sur l’environnement est démultipliée. 281 milliards de mails étaient envoyés chaque jour dans le monde en 2018, ce qui équivaut à la génération de 410 millions de tonnes de CO2 atmosphérique. On estime que 80% de ces mails ne sont jamais été ouverts. Même si un mail n’est pas ouvert, son stockage dans un datacenter consomme de l’énergie.

Ainsi, pour les utilisateurs, le développement de nouvelles pratiques peut faire baisser substantiellement cet aspect de la pollution numérique. D’abord, il faut régulièrement nettoyer sa boîte mail, certaines applications gratuites peuvent faciliter ce travail. Aussi, se désabonner des newsletters que l’on ne lit jamais, ainsi qu’éviter au maximum l’envoi inutile de pièces jointes. Ces pratiques simples bien que chronophages sont amenées dans les années à venir à devenir des gestes du quotidien, de manière comparable aux habitudes de recyclage des déchets, qui font désormais partie de notre quotidien.

Le streaming, gouffre énergétique

Second exemple, le streaming. La diffusion de vidéo en ligne et leur lecture sur les tablettes, smartphones ou ordinateurs consomme une énergie très importante. La faute à la taille des fichiers en question, qui sont très volumineux, puisque constitués de milliers d’images, qu’il faut stocker sur des serveurs. D’après EDF, le streaming concentre aujourd’hui près de 60% des usages du numérique. Le think tank The Shift Project a évalué, sur l’année 2019, les émissions liées à l’usage du streaming à 1% des émissions mondiales. Un chiffre en augmentation, surtout depuis le début de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid.

Les usagers du streaming vont devoir, pour diminuer l’impact global de cette pratique, mettre en place de nouvelles habitudes. En Chine, la maison mère qui gère l’application Tik Tok a limité à 40 minutes par jour l’accès à son application pour les jeunes, l’interdisant totalement pendant la nuit. Une façon de limiter l’impact de cet usage au niveau environnemental, mais également sur les jeunes, qui consomment de plus en plus d’écran quotidiennement, et pour qui l’impact au niveau cérébral de ces pratiques est loin d’être anodin, même s’il est mal connu.

Par Pierre Thouverez

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