Le retour de Tom Cruise vers le cinéma d’auteur se transforme en chute libre: avec la satire écolo « Digger », l’acteur devait abandonner les films d’action qu’il chérit depuis vingt ans, pour un rôle oscarisable. Mais le film semble parti pour devenir un énorme flop.
Le long-métrage, réalisé par Alejandro Iñárritu, n’a récolté que 14,4 millions de dollars au terme de son deuxième week-end de projections aux États-Unis, et seulement 35,3 millions au box-office mondial.
Selon le magazine Variety, Warner Bros s’attend à perdre 245 millions de dollars avec ce film. De quoi en faire l’un des plus gros ratés du studio, alors que le film aurait coûté autour des 300 millions, marketing inclus.
« D’un point de vue financier, il faut considérer ça comme un désastre », commente Christopher Rosen, rédacteur en chef du site spécialisé The Ankler.
Avec une star mondiale et un grand nom du cinéma d’auteur derrière la caméra, Warner Bros a fait de gros efforts pour promouvoir « Digger ». Il était même question de financer une campagne pour les Oscars, ce qui semble désormais incertain.
Cette comédie noire, où Tom Cruise se grime en vieillard grotesque et magnat du pétrole, qui déclenche une catastrophe climatique avant de tenter de sauver le monde, a été fraîchement accueillie par la critique aux États-Unis.
Beaucoup de chroniqueurs cinéma trouvent que le film en fait trop et perd le côté comique qu’il revendique.
« Digger » profite de « chaque occasion pour pousser le public vers des situations qui le mettent mal à l’aise », observe Daniel Loría du cabinet Boxoffice.
– Critique des « ultra-riches » –
« C’est vraiment un film réalisé par un cinéaste latino-américain qui critique ces attitudes des ultra-riches dans la société et la culture américaines », ajoute-t-il.
De quoi, selon lui, expliquer son bide commercial.
« Le public américain a du mal à accepter les films qui critiquent la culture américaine, surtout lorsqu’ils sont réalisés par des étrangers », estime-t-il.
Boudé par le public, « Digger » semble devoir écorner l’aura de Tom Cruise, considéré jusqu’ici comme un des derniers acteurs capable de remplir les salles de cinéma sur son seul nom.
En 2023, Steven Spielberg avait estimé que le comédien avait à lui seul « sauvé les fesses d’Hollywood » après la pandémie, avec son carton « Top Gun : Maverick ».
Outre ces aventures de pilote de chasse, Tom Cruise a passé les vingt dernières années à enchaîner les films d’action à grand spectacle, où il réalisait souvent ses propres cascades, en agent secret inoxydable dans la saga « Mission Impossible » ou en policier militaire redresseur de torts dans « Jack Reacher ».
Il avait pris ce virage après avoir été mis de côté par Paramount au milieu des années 2000, après des déclarations prosélytes en faveur de la Scientologie et une demande en mariage surexcitée à Katie Holmes à la télévision, qui ont nui à son image.
« Digger » devait permettre à l’acteur de 64 ans, jamais oscarisé malgré des rôles remarquables au début de sa carrière (« Rain Man », « Né un 4 juillet », « Magnolia »), de rappeler l’étendue de sa palette.
rfo-pr/eml
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