Avec la neuvième édition de son "Understanding Quantum Technologies", parue fin septembre 2026, Olivier Ezratty dresse un état des lieux sans complaisance. Les progrès matériels et financiers sont réels, mais aucune entreprise ne peut encore revendiquer un avantage quantique en production.
Où en est le quantique aujourd’hui ? Pour y voir plus clair entre les effets d’annonces et les vraies innovations, Olivier Ezratty sort tous les ans « Understanding Quantum Technologies ». Difficile de résumer ce travail à la fois dense et précis. On peut néanmoins tenter de résumer cette 9e édition en une phrase qui pourrait servir de constat : le quantique avance, mais nettement moins vite que son marketing !
Zéro application industrielle qualifiée
Expert en nouvelles technologies, l’auteur applique un critère strict : un déploiement en production documenté de façon indépendante, avec un avantage démontré face à la meilleure solution classique. Or aujourd’hui, aucune application d’entreprise ne franchit cette barre.
La plupart des cas d’usage des calculateurs NISQ publiés tournent sur moins de 30 qubits physiques. À cette taille, un ordinateur classique les émule souvent pour moins cher, et parfois plus vite. Ces projets servent à apprendre et à explorer, pas encore à produire de la valeur.
IBM a pourtant changé de discours cet été, passant de la « quantum utility » à l’« avantage quantique », avec trois études menées avec l’université de Chicago, Qedma et Algorithmiq. Pour Olivier Ezratty, elles restent loin des besoins industriels. D-Wave, premier pourvoyeur d’études de cas, n’a pas démontré de gain réel. IonQ et Quantinuum publient surtout des démonstrations sous les 25 qubits.
Les cas d’usage les plus crédibles relèvent de la recherche appliquée : chimie, matériaux, batteries, engrais, médicaments. Ils exigent toutefois des machines tolérantes aux fautes (FTQC) dotées de 100 à 10 000 qubits logiques, attendues dans une fenêtre de 5 à 15 ans selon les estimations.
L’optimisation, qu’il s’agisse de logistique, de transport ou de finance, repose sur des accélérations seulement polynomiales. La lenteur des portes quantiques risque de les annuler en pratique.
Horloges atomiques, magnétomètres à centres NV, gravimètres à atomes froids pour la navigation : les capteurs quantiques affichent une maturité supérieure à celle du calcul. Leur industrialisation reste là aussi très délicate, et leurs performances réelles ne suivent pas toujours les promesses.
Quant au big data et aux grands modèles de langage, le chargement des données reste le goulet d’étranglement. Alimenter un circuit quantique est plus lent de plusieurs ordres de grandeur que sur une machine classique.
Un matériel qui progresse, sans vainqueur désigné
Quantinuum détient le record des ions piégés avec son processeur Helios de 98 qubits. Les atomes froids attirent de nouveaux entrants en 2025-2026, dont Google, Oratomic, Q-Factor et Logiqal. Google a aussi racheté Atlantic Quantum, spécialiste des qubits fluxonium, en octobre 2025.
À l’inverse, les annonces Majorana-1 et -2 de Microsoft ne s’appuient toujours sur aucune mesure opérationnelle. Son objectif d’ordinateur tolérant aux fautes en 2029 est jugé peu réaliste.
Cybersécurité : la menace se rapproche sur le papier
C’est le domaine de la protection des données et des accès où le calendrier compte le plus pour les entreprises. Les cyberattaques se multiplient grâce à l’intelligence artificielle. Nous assistons à un véritable tsunami de fuites de données touchant aussi bien des entreprises privées que des administrations.
Avec l’avènement du quantique, certains annoncent l’apocalypse ! Selon les estimations 2026, casser une clé RSA-2048 (du nom des inventeurs Ron Rivest, Adi Shamir et Leonard Adleman, le système de chiffrement le plus utilisé dans le monde) en moins d’un an demanderait au moins 100 000 qubits physiques, un seuil encore lointain.
Mais les ressources nécessaires baissent plus vite que le matériel ne progresse. Iceberg Quantum, Oratomic, Q-CTRL, Google, IonQ et Quandela ont proposé en 2026 de nouvelles architectures pour attaquer RSA-2048 et ECC-256. Les calendriers de migration post-quantique s’accélèrent en conséquence. C’est la raison pour laquelle d’importantes structures sensibles, comme EDF, s’y préparent déjà depuis quelques années.
Le risque « collecter maintenant, déchiffrer plus tard » plaide pour agir avant l’arrivée de machines capables de casser cette fameuse clé. Le NIST a publié en août 2024 les normes FIPS 203, 204 et 205 ; FN-DSA (FIPS 206) reste en cours d’élaboration.
L’argent afflue
2026 est une nouvelle année record de financement. IBM a annoncé en juin un plan de 10 milliards de dollars sur cinq ans. Infleqtion, Xanadu, Horizon Quantum, IQM, Quantinuum et Pasqal sont entrés en bourse.
Les États-Unis ont multiplié les décrets présidentiels, assortis de 2 milliards de dollars pour la fabrication, et la France a renouvelé sa stratégie nationale. Mais Olivier Ezratty le rappelle : l’argent achète du temps, pas les lois de la physique.
Pour les directions informatiques, le message est double. D’un côté, se méfier des promesses commerciales et exiger des estimations de ressources, comparées aux meilleures méthodes classiques. De l’autre, préparer dès maintenant la migration post-quantique, seul chantier qui ne peut pas attendre.






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