Trente camions-citerne de lait par jour, et bientôt encore plus: face à l' »engouement durable » des Français pour le skyr, yaourt d’origine islandaise fortement protéiné, Danone va augmenter la capacité de ses deux sites normands pour répondre à la demande.
Le géant des produits laitiers a annoncé investir 20 millions d’euros, qui serviront notamment à installer deux nouvelles lignes de conditionnement à la laiterie de Ferrières-en-Bray (Seine-Maritime), à 50 km à l’est de Rouen, « berceau du Skyr Danone en France ».
Une première, en cours d’installation, « nous permettra de produire 10% de plus de skyr d’ici à fin 2026 » et une seconde, « 80% de plus à l’horizon 2027-2028 », a assuré vendredi à la presse Alban Quenneville, directeur de l’usine.
« Chaque jour, une trentaine de camions-citerne arrivent au site (…), en provenance d’exploitations présentes dans un rayon d’environ 40 km », a expliqué lors de la visite Marie Cluzel, responsable de production de cette usine qui fabrique aussi des yaourts et desserts lactés Activia, Danonino, Gervita et HiPro.
A la laiterie du Molay-Littry (Calvados), 200 km plus à l’ouest, de nouveaux équipements seront installés pour permettre d’y « intégrer la technologie de production du Skyr », indique Danone.
Ces investissements s’inscrivent aussi dans un mouvement, déjà annoncé, de « relocalisation des volumes en France ». Danone s’est ainsi engagé à rapatrier la production de plus de 45.000 tonnes de produits et d’augmenter sa collecte de lait de 100 millions de litres d’ici 2028.
Sur les deux laiteries historiques de Ferrières-en-Bray (370 salariés) et du Molay-Littry (150 collaborateurs), près de 22.000 tonnes de production seront ainsi relocalisées. Cet engagement vise à ancrer davantage la production dans le territoire, et faciliter « une hausse directe de la collecte de lait » avec les éleveurs partenaires, a justifié Alban Quenneville.
Les deux sites « travaillent avec près de 420 exploitations laitières », précise Danone dans un communiqué publié vendredi.
– « Tendance de fond » –
Après avoir été pasteurisé, débarrassé d’éventuels micro-organismes toxiques, le lait arrive à l’étape de la fermentation. Une odeur de lait chaud émane des cuves: un enchevêtrement de tuyaux équipés de membranes chauffe le liquide, le filtre et concentre les protéines.
Le processus dure cinq à six heures et nécessite trois fois plus de lait qu’un yaourt classique. Au bout de la chaîne, un produit « texturé », « épais en bouche » avec une « note d’acidité », décrit Marie Cluzel, pots prêts pour l’analyse en main.
De la fermentation à l’expédition, la chaîne de production est entièrement automatisée. Les ouvriers veillent au bon fonctionnement des lignes dans le vacarme des machines depuis des salles de contrôle.
Pour suivre la croissance des ventes de produits ultra-frais, Danone explique vouloir accélérer les embauches dans ce secteur.
« Quand on combine nutrition, santé, accessibilité au niveau du prix et des possibilités d’usages variées, on devient une véritable tendance de fond », a souligné auprès de l’AFP Emilie Vantajol, directrice marketing des produits laitiers de Danone.
L' »engouement durable » des Français pour le skyr en est le symbole. Ce yaourt riche en protéines et pauvre en matières grasses a été lancé en France par Danone en 2018, rejoint depuis par d’autres marques comme Yoplait, Les 2 vaches, Siggi’s et les marques de distributeurs. Cette recette représente « plus de 6% du rayon » ultra-frais, avec une croissance « à deux chiffres », selon le communiqué de l’industriel.
La popularité des produits enrichis en protéines conduit l’ensemble des groupes agroalimentaires à investir massivement en recherche et développement dans ce secteur.
Un succès qui contient une part de marketing, avertit toutefois l’UFC-Que Choisir, qui souligne sur son site internet que le skyr est vendu « à prix d’or », « entre 3 et 6 fois plus cher qu’un fromage blanc allégé », alors que sa teneur accrue en protéines « est probablement sans intérêt pour la plupart » des consommateurs.
« La grande majorité des Français, y compris les végétariens, ingèrent largement assez de protéines », affirme ainsi Stéphane Walrand, chercheur en nutrition à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), cité par l’association de consommateurs.
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