Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a alerté lundi sur le fait qu’une éventuelle correction des valorisations des entreprises américaines d’intelligence artificielle pourrait avoir des répercussions en Europe, alors que les investissements massifs dans le secteur sont de plus en plus financés par la dette.
Les géants de la tech multiplient ces derniers mois les investissements vertigineux dans l’IA, mais ceux-ci semblent démesurés par rapport aux bénéfices générés, alimentant les craintes sur le marché d’une éventuelle bulle, à l’image de celle qu’a connue internet dans les années 1990 et au début des années 2000.
Emmanuel Moulin s’est dit optimiste quant au potentiel de l’IA pour augmenter la productivité, mais il a prévenu que l’ampleur des investissements, le recours croissant à l’endettement et les attentes de profits élevées représentaient des risques pour la stabilité financière.
« Ces investissements, même s’ils ont été financés au départ plutôt avec des actions, sont aujourd’hui de plus en plus financés par de la dette et sont fondés sur des perspectives de profit qui sont très élevées », a-t-il déclaré lors d’une conférence à Barcelone.
Il a mis en garde sur le fait que des taux d’intérêts élevés pourraient compromettre les rendements attendus et rendre plus difficile le financement des investissements pour les entreprises, avec un impact ensuite sur leurs valorisations.
M. Moulin, qui siège aussi à la Banque centrale européenne (BCE) a ajouté que ces risques étaient particulièrement forts pour l’Europe, car les Européens possèdent entre 15 % et 20 % des titres américains, selon les estimations.
« On peut donc avoir un effet de contagion en Europe en cas de chute des valorisations des entreprises liées à l’IA aux États-Unis », a-t-il poursuivi.
Le gouverneur a également exprimé son inquiétude quant à l’impact de l’IA sur l’emploi, en particulier chez les jeunes, en notant que les entreprises qui ont le plus intégré cette technologie réduisent déjà leurs embauches.
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