L’Europe commettrait « une erreur stratégique » en laissant disparaître de son territoire des capacités de production de vaccins à ARN messager face aux risques de futures épidémies ou pandémies, selon le patron de Moderna, Stéphane Bancel, dont le groupe discute avec l’Allemagne d’une éventuelle implantation industrielle.
« Avec BioNTech qui ferme ses usines en Allemagne, il n’y aura plus d’usines à ARN messager en Europe », a-t-il déclaré dans un entretien à l’AFP, y voyant « une erreur stratégique européenne » qui risque, selon lui, de laisser le continent insuffisamment préparé à de nouvelles épidémies ou à d’éventuelles pandémies.
Le laboratoire allemand BioNTech, qui a développé avec l’américain Pfizer l’un des premiers vaccins à ARN messager contre le Covid-19, a confirmé fin septembre la fermeture de trois sites de production en Allemagne, faute d’investisseurs intéressés dans une conjoncture « difficile ».
Le groupe américain Moderna, qui affiche clairement son souhait d’implanter une usine en Europe, a confirmé mener actuellement des discussions avec les autorités allemandes sur un éventuel projet d’implantation industrielle, sans fournir de détails.
Son vaccin combiné contre la grippe et le Covid-19, premier au monde à avoir obtenu une autorisation de mise sur le marché, a été approuvé dans l’Union européenne en avril.
« On a eu de nombreuses discussions avec la France pour y installer une usine mais elles n’ont pas abouti. Il n’y a plus de discussions en cours malheureusement », a rappelé M. Bancel, qui s’exprimait après le récent congrès annuel européen d’oncologie (Esmo).
« Pour investir en France, on aurait eu besoin des engagements dans la durée du gouvernement en termes de commandes, comme ceux obtenus pour les trois usines situées en Australie, au Canada et en Angleterre, où des accords garantissent des volumes » dans les vaccins respiratoires, a ajouté le patron de nationalité française.
« Si la France était disposée à rouvrir des discussions dans les vaccins respiratoires, nous serions très intéressés », a-t-il ajouté.
Moderna et BioNTech-Pfizer ont été les premiers laboratoires à commercialiser des vaccins contre le Covid-19 utilisant la technologie de l’ARN messager, ce qui leur avait rapporté des milliards de dollars.
Depuis, le secteur pharmaceutique travaille à des vaccins à ARN messager contre diverses pathologies, la flexibilité permise par cette technologie et la capacité à faire produire des antigènes par l’organisme lui-même alimentant beaucoup d’espoirs.
Le groupe a renforcé son réseau industriel depuis la pandémie de Covid-19 et dispose actuellement de cinq sites industriels, deux aux Etats-Unis, un au Canada, un en Australie et un au Royaume-Uni.
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