Le géant américain Google est jugé lundi devant un tribunal bourguignon, accusé par une maison d’hôtes de ne pas en faire assez contre les « faux » avis de « clients » qui n’ont en fait jamais testé les prestations.
L’audience devant le tribunal de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) s’est ouverte vers 14H00 après huit années de croisade menée par Raoul Salama, propriétaire d’une maison d’hôtes de seulement deux chambres, installée dans le petit château de Balleure, du hameau d’Etrigny.
En 2018 puis en 2020, la maison d’hôtes reçoit deux notes sévères sur Google Maps. « L’impact a été considérable », se souvient Raoul Salama. « Une note abaissée de 10%, c’est un chiffre d’affaires réduit de 30% ».
Il entame des poursuites afin de contraindre Google à divulguer les noms, ce qu’ordonne le 21 juin 2022 la Cour d’appel de Dijon. Contactés par Raoul Salama, les « clients » avouent n’avoir jamais utilisé les services du château.
En fait, ils passaient à proximité et ont reçu un « push » sur Google Maps, une notification les invitant à noter le château, mais sans leur demander s’ils l’avaient fréquenté.
Ces « faux avis » représentent « un problème massif », a expliqué à l’AFP l’Américaine Kay Dean, une ancienne enquêtrice fédérale devenue experte des fraudes sur le Net.
« En 2025, Google a lui-même indiqué avoir retiré 292 millions de faux avis. Selon CQ Researcher (une publication américaine d’analyses de référence, ndlr), jusqu’à 45% des commentaires sur le Net sont considérés comme venant de personnes n’ayant pas essayé un produit ou un service », ajoute-t-elle depuis les États-Unis.
Google finira par retirer les deux notes litigieuses, mais « il a fallu 3-4 ans pour les faire enlever alors qu’il faut 15 secondes pour envoyer un faux avis », enrage Raoul Salama.
De plus, les deux « faux » avis sont réapparus depuis. Et 15 nouveaux sont apparus, affirme-t-il.
Google a certes mis en place une procédure pour vérifier les avis, mais par l’intermédiaire de l’intelligence artificielle.
« On demande un modérateur humain, pas des algorithmes qui ne servent à rien », plaide Frédéric Hopgood, avocat du château de Balleure, en soulignant que TripAdvisor ou Booking ont, eux, abandonné l’IA et font contrôler les avis par une personne.
La défense de Google n’a pas voulu faire de commentaire avant sa plaidoirie.
Le jugement sera probablement mis en délibéré sous quelques mois.
lv/chp/mpm
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