La Cour des comptes a appelé mercredi l’État à réduire sa dépendance à Microsoft en migrant en trois à quatre ans vers des logiciels bureautiques libres, y voyant « un gage d’indépendance des administrations publiques » et un système « économiquement plus vertueux ».
Cette option coûterait jusqu’à 130 millions d’euros de moins par an que Microsoft 365, la version en stockage dématérialisé (« cloud ») de la suite de l’éditeur américain, selon la Cour.
Elle souhaite qu’une suite bureautique libre (dont chacun peut étudier et modifier le code), hébergée par l’État ou chez un prestataire qualifié SecNumCloud, devienne « à terme la norme » dans les administrations.
Cette qualification, délivrée par l’agence publique de cybersécurité, l’Anssi, garantit un certain niveau de sécurité et surtout une étanchéité aux lois extraterritoriales, et en premier lieu américaines.
Les entreprises américaines sont en effet soumises au Cloud Act, qui les oblige pour certaines enquêtes à livrer aux autorités américaines les données dont elles disposent, où que se trouvent leurs serveurs.
Les risques de dépendance à la technologie américaine sont devenus plus concrets sous la présidence Trump. En juin, Washington avait par exemple contraint Anthropic à couper l’accès des étrangers à ses modèles d’IA les plus puissantes.
Selon la direction interministérielle du numérique, une suite libre hébergée de façon souveraine coûterait environ 100 euros par poste et par an, contre quelque 250 euros pour Microsoft 365.
L’État a dépensé environ 100 millions d’euros en 2025 pour ses outils de bureautique et de travail collaboratif (traitement de texte, messagerie, visioconférence, etc.) hors opérateurs, hôpitaux et collectivités, selon la Cour.
Une somme modeste face aux 5,5 milliards d’euros de budget numérique de l’État, mais en hausse rapide notamment du fait des dépenses liées aux licences, dont les quatre cinquièmes vont à Microsoft.
L’éditeur a relevé en juillet la plupart de ses tarifs, en invoquant l’ajout de fonctions d’intelligence artificielle.
La plupart des ministères comptent conserver Microsoft Office en basculant vers Bleu, coentreprise d’Orange et de Capgemini qui exploite la technologie de Microsoft, une fois que cette offre aura obtenu la qualification SecNumCloud.
Mais Bleu tarde à obtenir cette qualification et laisserait de toute façon entière « la question de la dépendance à un éditeur », souligne la Cour.
Dans la sphère publique, la gendarmerie et le fisc ont largement renoncé aux suites payantes au profit de LibreOffice.
La direction interministérielle du numérique (Dinum) développe aussi sa propre suite d’outils libres, dont la messagerie Tchap.
max/abb/LyS
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